Uncategorized

La Ville de Montréal retirera le crucifix de la salle du conseil municipal

MONTRÉAL — La Ville de Montréal a annoncé mercredi qu’elle retirait le crucifix de la salle du conseil municipal.

Le symbole religieux sera retiré dans le cadre de rénovations qui dureront trois ans à l’hôtel de ville, mais ne sera pas réinstallé par la suite, a-t-on expliqué lors d’une séance du comité exécutif.

La conseillère Laurence Lavigne Lalonde a rappelé que le crucifix, installé en 1937 par l’échevin Joseph-Émile Dubreuil, avait été mis en place dans une époque bien différente de celle d’aujourd’hui.

L’objectif, a-t-elle raconté, était alors que les élus se souviennent du serment qu’ils avaient prêté devant Dieu en entrant en poste, donc tout au long de leurs travaux.

«Je pense qu’il y a consensus quand on dit que le contexte a changé aujourd’hui. On vit maintenant dans une société qui a énormément évolué et qui est représentée par des institutions qui sont démocratiques, qui se doivent d’être laïques, d’être neutres et d’être ouvertes à l’ensemble des citoyens et des citoyennes. C’est pour cette raison-là que le crucifix va être enlevé et qu’il ne sera pas réinstallé dans la salle du conseil à notre retour dans l’hôtel de ville», a-t-elle noté.

La dernière séance du comité exécutif avant le début des travaux, qui dureront trois ans, aura lieu le 15 avril.

Mme Lavigne Lalonde a précisé que le crucifix ne disparaîtra pas de l’hôtel de ville. Un espace muséal sera en effet créé afin de mettre en valeur les collections de la Ville, qui incluent les archives et les cadeaux protocolaires, par exemple. C’est à cet endroit que les visiteurs pourront observer le crucifix.

«On est vraiment conscient que c’est un symbole qui est très important pour l’histoire de Montréal, donc l’objectif n’est pas de faire du déni de notre histoire, mais plutôt de trouver une façon de mettre en valeur cet élément-là», a souligné la conseillère.

Elle a également rappelé que ce n’est pas la première fois que la place de la religion dans les institutions a fait l’objet de discussions à Montréal. En 1987, l’administration du maire Jean Doré avait aboli la prière à l’ouverture des séances du conseil. Il avait également été question de retirer le crucifix de la salle en 1992, mais il était finalement resté en place.

La mairesse Valérie Plante s’est dite en accord avec la décision annoncée mercredi.

«On vient en quelque sorte boucler la boucle d’un processus, d’une décision qui avait été prise en 1992 de retirer le crucifix», a-t-elle déclaré, ajoutant qu’elle était «rassurée» de la future mise en place d’un espace muséal.

En point de presse après la séance, elle a ajouté qu’elle respectait le sentiment de ceux qui estiment que le crucifix devrait rester en place, mais elle a insisté sur l’importance de la laïcité dans les lieux où des décisions sont prises.

«Par exemple, la croix sur le mont Royal, on n’a pas l’intention de l’enlever. Ce n’est pas une institution démocratique où on prend des décisions. Je pense que c’est vraiment important de faire la nuance», a-t-elle illustré.

Le retrait du crucifix des salles de conseil à travers la province — et celui de l’Assemblée nationale à Québec — s’inscrit dans les débats des dernières années sur la laïcité de l’État.

Dans un communiqué, l’archevêque de Montréal, Christian Lépine, n’a pas commenté directement la décision de la Ville de Montréal, mais il a tenu à rappeler la pertinence du crucifix.

«En tant que signe vénéré par les chrétiens, le crucifix est un signe toujours vivant et ouvert au respect des autres croyances qui vénèrent leur propre signe», a-t-il affirmé.

«Du point de vue de la transmission des valeurs de vie spirituelle, de vivre-ensemble et de solidarité, le crucifix a toujours son sens en ce qu’il exprime et résume ce qui anime la population montréalaise, depuis la fondation de notre ville et constitue un héritage dont nous pouvons tous être fiers.»

Legault pourrait changer d’idée

Le crucifix a été installé à l’Assemblée nationale en 1936, et le gouvernement actuel, tout comme ses prédécesseurs, a maintes fois indiqué qu’il ne retirerait pas le symbole.

Or, après avoir pris connaissance de la décision de la Ville de Montréal mercredi, le premier ministre François Legault a tenu un discours beaucoup plus nuancé. 

Il a semblé ouvrir la porte à un retrait du crucifix de l’Assemblée nationale, lui qui a toujours été farouchement opposé à cette idée dans le passé.

«Il faut que tout le monde fasse des compromis, on va regarder les positions des différentes personnes au caucus. On va vous revenir», a-t-il déclaré en mêlée de presse.

De son côté, le ministre Simon Jolin-Barrette, qui pilote le dossier de la laïcité, a affirmé que le crucifix au Salon bleu était un important objet patrimonial.

«Montréal prend ses propres décisions, nous on prendra nos propres décisions, a-t-il dit. Le crucifix est là. Pour nous, ça a toujours été un symbole patrimonial, un symbole historique.» 

Le sort du crucifix à l’Assemblée nationale pourrait être scellé dans le très attendu projet de loi caquiste sur la laïcité, qui sera présenté aux députés «d’ici quelques semaines».

Caroline St-Pierre et Caroline Plante, La Presse canadienne