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Une école de Concordia «désinvite» un professeur de Harvard controversé

Une école de Concordia «désinvite» un professeur de Harvard controversé
Photo: LA PRESSE CANADIENNE/Ryan RemiorzLe campus de Concordia situé au centre-ville de Montréal.

MONTRÉAL — Les célébrations pour souligner le 40e anniversaire d’une école de sciences humaines à l’Université Concordia sont sur la glace, depuis que ce «Liberal Arts College» a décidé de «désinviter» un professeur de Harvard en raison de ses opinions controversées sur le féminisme.

En novembre, le «collège d’arts libéraux» de l’université montréalaise avait demandé à Harvey Mansfield, professeur d’administration publique à Harvard, de prendre la parole lors d’un gala prévu pour le mois de mai. Mais à la suite des critiques de certains anciens élèves, l’école a annulé en février sa visite — et même la soirée de gala.

La décision du directeur de l’école, Mark Russell, est passée largement inaperçue jusqu’à ce que le professeur Mansfield publie cette semaine une lettre d’opinion dans le «Wall Street Journal», dans laquelle il soutient qu’il a été «désinvité» à cause de ses opinions et parce qu’il est un homme blanc. «L’invitation m’a surpris, mais pas tellement le rejet, parce que je suis un professeur blanc conservateur», écrivait M. Mansfield lundi.

Eric Buzzetti, professeur au Liberal Arts College, qui n’est pas d’accord avec la «désinvitation» du professeur américain, a déclaré en entrevue jeudi que la controverse entourant le discours prévu avait eu raison de tout le gala.

Dans une lettre adressée aux anciens étudiants du Liberal Arts College en février, Julie Amblard, présidente de leur association, ainsi que Frederick Krantz, cofondateur de l’école, et le professeur Buzzetti ont dénoncé la décision de «désinviter» M. Mansfield, professeur à Harvard depuis 50 ans.

«Nous sommes attristés qu’un certain nombre d’anciens élèves du (Liberal Arts College) aient jugé opportun d’essayer de faire taire un universitaire avec lequel ils sont en désaccord», écrivaient-ils. «Nous sommes également attristés par le succès de leur démarche.»

Une pensée «démodée»

Le professeur Mansfield est principalement connu pour ses études de philosophie politique; il est considéré dans le monde comme un expert de Machiavel. Mais il écrit aussi sur le genre et la culture.

Son livre «Manliness» (masculinité, virilité), publié en 2006, a été qualifié par certains de «démodé» parce que l’auteur ne faisait pas beaucoup de place à la philosophie féministe contemporaine. M. Mansfield y critiquait notamment l’idée selon laquelle une «culture du viol» prévalait de nos jours sur les campus universitaires.

Dans un entretien avec l’écrivain et commentateur conservateur Bill Kristol en mai 2016, le professeur Mansfield décrivait la «personne virile» comme «quelqu’un qui aime gérer les situations à risque», qui «prend les choses en main».

«La plupart des « personnes viriles » sont des hommes, mais pas toujours, soutenait-il. Mon meilleur exemple, c’est Margaret Thatcher: très virile, très ferme dans les situations à risque. Mais quand même, ce sont surtout des hommes.»

Le directeur du Liberal Arts College, Mark Russell, a expliqué jeudi qu’une «diversité de voix» au sein des anciens étudiants avait mené à la décision d’annuler le discours inaugural — et le gala lui-même, qui devait avoir lieu en mai. «Nous avons appris de nombreuses personnes qu’elles n’assisteraient pas à l’événement car elles s’opposaient aux opinions qu’il avait publiquement exprimées sur les femmes et les homosexuels», écrit-il dans un courriel. «Une majorité des professeurs (du College) ont décidé qu’il était préférable que M. Mansfield ne prononce pas le discours inaugural au gala, qui se veut un moment de fête et d’unité.»

M. Russell a affirmé que les célébrations du 40e anniversaire n’avaient pas été annulées, mais «simplement reportées à l’automne».

Le professeur Buzzetti, quant à lui, se demande si elles auront véritablement lieu.

«J’espère qu’il y aura quelque chose», a-t-il dit. «Mais c’est un peu difficile d’organiser quelque chose et ensuite de désinviter un conférencier. (Les célébrations) n’auront certainement pas lieu en mai.»

Giuseppe Valiante, La Presse canadienne

Note aux lecteurs: Version corrigée. La version précédente affirmait que les célébrations du 40e anniversaire risquaient d’être annulées, mais le directeur du Liberal Arts College a précisé qu’elles étaient simplement reportées à l’automne.