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Ottawa et Washington s’entendent sur la levée des tarifs

Ottawa et Washington s’entendent sur la levée des tarifs
Photo: Justin Tang / La Presse CanadienneL'administration américaine a annoncé la suppression totale et permanente des tarifs douaniers sur les importations d'aluminium en provenance du Canada.

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé vendredi la levée des tarifs américains sur les exportations canadiennes d’acier et d’aluminium, ce qui met fin à une dispute commerciale qui perdurait depuis près d’un an.

Le Canada et les États-Unis ont finalement conclu une entente dans cette querelle découlant de la décision, prise par le président américain Donald Trump en juin dernier, d’imposer un tarif de 25 pour cent sur les importations aux États-Unis d’acier canadien. Les importations d’aluminium canadien subissaient pour leur part un tarif de 10 pour cent.

M. Trudeau a confirmé la fin du différend lors d’une conférence de presse à Hamilton, une région durement touchée par les tarifs sur l’acier canadien.

«C’est tout simplement des bonnes nouvelles», a lancé M. Trudeau, accompagné pour l’occasion de plusieurs de ses ministres, dont celui des Finances et celle des Affaires étrangères, à l’usine Stelco de Hamilton.

Ces ministres ont fait de multiples allers-retours vers Washington pour tenter d’apaiser Donald Trump et le faire changer d’idée.

Au départ, les États-Unis avaient voulu utiliser la menace de ces tarifs comme jeton de négociation d’une nouvelle version de l’ALENA. Puis, une fois l’entente signée, le Canada a, à son tour, laissé entendre qu’elle ne serait pas ratifiée tant que Washington imposait ses tarifs. 

«Ces tarifs sur l’acier et l’aluminium étaient la plus grande barrière à la ratification pour nous et pour les États-Unis du nouvel accord de l’ALENA. Maintenant, on va travailler avec les Américains sur la ratification», a dit M. Trudeau.

«C’est certain qu’on vient de prendre un grand pas vers l’avant», a-t-il assuré.

Et il n’a pas raté l’occasion d’écorcher au passage celui qui, ces jours-ci, est l’adversaire commercial numéro un des Américains: la Chine.

«Maintenant le Canada et les États-Unis vont travailler ensemble pour protéger nos travailleurs, pour bâtir nos industries», a promis le premier ministre, faisant référence à la trop forte présence sur le marché d’acier chinois, se gardant toutefois de prononcer le nom du pays.

Le Canada est plongé dans une crise politique avec la Chine et tente de faire libérer deux hommes canadiens qui, dit-il, sont «arbitrairement» emprisonnés parce qu’ils représentent une menace pour la sécurité nationale. Ottawa demande en outre la clémence pour un troisième Canadien qui risque la peine de mort pour trafic de drogue.

Des tarifs «qui n’avaient aucun sens»

M. Trudeau a fait valoir vendredi que son équipe était restée ferme dans les négociations avec Washington «parce que c’est ce que les travailleurs demandaient.»

«Ces tarifs n’avaient aucun sens en vertu de la sécurité nationale. Ils nuisaient aux consommateurs canadiens, aux travailleurs canadiens, aux travailleurs américains et aux consommateurs américains. Nous nous sommes engagés à collaborer avec les États-Unis pour surveiller l’évolution de l’industrie et veiller à ne pas devenir victimes des pressions mondiales exercées sur notre industrie sidérurgique.»

Affaires mondiales Canada a annoncé que les droits de douane seraient supprimés d’ici deux jours, tandis que le Canada a également accepté d’abandonner toutes ses mesures de représailles et ses actions en justice contre les États-Unis devant l’Organisation mondiale du commerce.

Le Syndicat des métallos s’est réjoui de la disparition des tarifs, regrettant que la situation ait perduré si longtemps. «Ces tarifs absurdes nuisaient particulièrement à nos économies étant donné que les chaînes d’approvisionnement sont très intégrées dans les secteurs de l’acier et de l’aluminium», a expliqué dans un communiqué le directeur québécois des Métallos, Alain Croteau.

Le syndicat a rappelé que les tarifs avaient eu un effet très néfaste sur les travailleurs canadiens dans la dernière année, entraînant plus de 600 mises à pied dans le secteur de l’acier seulement. «Des investissements ont été mis en péril ou sur la glace à cause du climat d’incertitude causé par les tarifs», ont ajouté les directeurs des Métallos.

Pas de quotas

Les informations au sujet de l’accord ont commencé à circuler vendredi matin, lorsque des rumeurs laissaient entendre que les négociateurs américains avaient réitéré leurs revendications de longue date en faveur d’une limitation stricte des importations d’acier et d’aluminium canadiens, dans le but de maintenir les produits chinois bon marché hors du pays.

En fin de matinée vendredi, MM. Trump et Trudeau ont conclu leur troisième appel téléphonique en moins d’une semaine sur le différend tarifaire, incluant la décision du Canada de riposter avec ses propres tarifs sur plus de 16 milliards $ de produits américains.

Plus tard, M. Trudeau a remercié les syndicats canadiens pour leur soutien, affirmant que cela avait aidé le gouvernement à rester ferme face aux demandes des États-Unis d’accepter la mise en place de quotas avant de lever les tarifs.

Il y a un an, le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, avait déclaré que les tarifs douaniers imposés au Canada, ainsi qu’au Mexique, étaient nécessaires pour empêcher un afflux d’acier chinois bon marché aux États-Unis via ses pays partenaires de l’ALENA.

M. Ross avait également affirmé que les États-Unis imposaient des droits de douane au Canada et au Mexique parce que les négociations commerciales prenaient trop de temps, même si elles avaient été imposées en vertu d’un article de la loi américaine sur le commerce qui donne au président le pouvoir de le faire pour protéger la sécurité nationale.

Mme Freeland, M. Trudeau et d’autres ont qualifié les tarifs d’illégaux, d’absurdes et d’insultants. Le Canada et le Mexique ont affirmé qu’il serait difficile de ratifier le nouvel accord de libre-échange continental si ces droits restent en vigueur.

Ottawa s’est également efforcée de démontrer à Washington qu’elle avait pris des mesures pour endiguer l’arrivée de métaux chinois moins dispendieux au Canada. Mais le Canada a tenu tête aux États-Unis sur un point clé: il a toujours refusé d’accepter des quotas ou d’autres limites sur ses exportations.

L’accord prévoit que les États-Unis et le Canada établiront un processus de surveillance du commerce de l’acier et de l’aluminium entre eux.

«Dans le cas où il se produirait une forte augmentation subite des importations de produits de l’acier et de l’aluminium portant le volume des échanges au-delà des volumes antérieurs pendant une longue période, le pays importateur peut demander la tenue de consultations avec le pays exportateur en tenant compte de la part de marché. À l’issue de ces consultations, le pays importateur peut appliquer (…) des droits dont le taux peut aller jusqu’à 10 pour cent pour l’aluminium et jusqu’à 25 pour cent pour l’acier», précise l’accord.

Les négociateurs canadiens ont convaincu leurs homologues américains d’accepter cette position — un compromis qui pourrait permettre à l’administration Trump de garder à portée de main l’une de ses nouvelles armes commerciales préférées, tout en affirmant avoir sollicité l’aide d’un allié dans son combat en cours.

«Nous avons toujours dit que nous n’étions pas le problème et que (l’accord de libre-échange) ne passerait pas tant que les tarifs seraient en place. Nous n’aurions jamais accepté un quota strict. Je pense qu’ils nous ont enfin entendus», a affirmé une source à condition de conserver son anonymat, évoquant la nouvelle phase délicate des négociations.

Tous les partis d’opposition, tout comme le gouvernement, ont eu un mot pour les travailleurs qui ont subi cette situation depuis des mois.

«Je pense qu’il faut reconnaître que l’industrie, que ce soit l’aluminium au Québec, que ce soit l’acier, a beaucoup souffert et on doit s’assurer de protéger ces industries dans l’avenir», a commenté le néo-démocrate Guy Caron.

Le député bloquiste Michel Boudrias a voulu se montrer «bon prince» avec le gouvernement libéral.

«Négocier avec Washington avec les temps qui courent (…), ce n’est pas facile», a-t-il rappelé.

La Presse canadienne