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Manifestation pro-choix devant le consulat américain à Montréal

MONTRÉAL — Quelques centaines de manifestantes se sont massées devant le consulat américain, au centre-ville de Montréal, dimanche après-midi, pour dénoncer les récentes restrictions du droit à l’avortement aux États-Unis, mais aussi pour mettre en garde les politiciens de côté-ci de la frontière.

Vociférant des slogans tels que «My body, my choice!» («Mon corps, mon choix!»), les protestataires ont laissé transparaître un mélange de combativité et d’exaspération.

Sur leurs pancartes, entre les illustrations de cintres et d’utérus, on pouvait lire «Politicians make shitty doctors» («Les politiciens font des médecins merdiques») et «My body is not a political playground» («Mon corps n’est pas un terrain de jeu politique»).

«J’ai de la misère à comprendre pourquoi on est encore là, à requestionner le droit à l’avortement», lance Zeneb Blanchet, 15 ans, qui y voit une question strictement de santé.

«La situation américaine m’horripile, renchérit Romane Dumesnil, une autre manifestante âgée de 18 ans.  J’ai aussi peur pour mes droits en tant que femme, en tant que personne avec un utérus. Il faut manifester pour faire savoir qu’il ne faut pas élire n’importe qui.»

Tanya Hage, 29 ans, y va elle aussi d’une mise en garde. «La minute qu’on ferme les yeux et que ça arrive ailleurs, ça peut tranquillement se passer ici aussi.»

Un droit parfois difficile à exercer

La Fédération du Québec pour le planning des naissances partage cette inquiétude. Sa co-coordonnatrice, Mariane Labrecque, explique que les opposants canadiens au droit à l’avortement concentrent toutefois leurs efforts sur l’accès aux services d’interruption de grossesse.

L’avortement a été complètement décriminalisé en sol canadien en 1988, lorsque Cour suprême s’est penchée sur une cause concernant le Dr Henry Morgentaler. Dès l’année suivante, le plus haut tribunal au pays a déterminé le statut juridique d’un foetus, en tranchant que l’on ne devient une personne au sens de la loi qu’une fois mis au monde, vivant et viable.

Le droit à l’avortement s’appuie sur une solide jurisprudence, mais ne fait l’objet d’aucune loi, explique Mme Labrecque. Il est donc plus difficile pour des politiciens d’en restreindre la portée, car plutôt que de simplement amender un texte existant comme le fait la droite religieuse aux États-Unis, il faudrait carrément le recriminaliser.

«Là où ils peuvent avoir énormément de poids, c’est ce qu’ils font en ce moment, c’est-à-dire faire élire des politiciens anti-avortement qui vont non seulement travailler à rendre l’avortement socialement inacceptable, faire de la propagande, mais aussi mettre des bâtons dans les roues pour l’accès aux soins de santé», expose-t-elle.

Tandis que même au Québec, l’accès à un avortement rapide, gratuit et sans stigmatisation laisse parfois à désirer, la situation est, selon elle, «catastrophique» dans d’autres provinces, comme celles du Canada atlantique par exemple.

Mme Labrecque observe avec appréhension la montée en force de certains politiciens de droite opposés à l’avortement et espère que les positions des candidats aux élections fédérales ne passeront pas sous le radar cet automne.

Interrogé sur le sujet plus tôt cette semaine, le chef conservateur Andrew Scheer s’est engagé à ne pas rouvrir cette boîte de Pandore, sans pour autant s’avancer sur son propre point de vue. Il n’a pas non plus voulu préciser s’il entend permettre à ses députés de déposer un projet de loi privé sur la question.

Quant au chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, il a récemment refusé de se dire «pro-vie» ou «pro-choix», mais n’a pas exclu la tenue d’un éventuel débat à la Chambre des communes.

Roxanne Ocampo, La Presse canadienne