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Avortement: l’aveu public d’Andrew Scheer; l’insistance de Justin Trudeau

Avortement: l’aveu public d’Andrew Scheer; l’insistance de Justin Trudeau
Photo: Karine Dufour/Radio-CanadaAndrew Scheer, chef du Parti conservateur

OTTAWA — Jeudi, Justin Trudeau a voulu reprendre la conversation où elle était restée la veille, attaquant Andrew Scheer sur les questions d’avortement et de changements climatiques.

Mercredi soir, au cours du débat diffusé par le réseau TVA, le chef conservateur était la cible d’un tir groupé de ses adversaires sur ces deux questions.

Mais la nuit semble avoir porté conseil à M. Scheer puisqu’il a finalement dit, jeudi matin, ce qu’il refusait de dire toute la soirée de mercredi: «Je suis personnellement pro-vie».

Au matin, le chef libéral s’est offert un minuscule bain de foule dans un café où étaient réunis bénévoles et candidats montréalais.

«Hier soir, c’était clair dans le débat», leur a-t-il dit, grimpé sur une chaise. Ce qui était clair, selon lui, c’est le refus du chef conservateur de lutter contre les changements climatiques.

«On comprend, les autres partis pensent qu’il faut agir sur les changements climatiques, évidemment. Mais ça prend un gouvernement pour le faire. Andrew Scheer ne veut pas lutter contre les changements climatiques et le Bloc ne peut pas mettre en place un plan pancanadien pour lutter contre les changements climatiques», a argué M. Trudeau, applaudi par ses militants.

Sorti à l’extérieur du café où se tenait son point de presse du jour, il a été accueilli par les cris d’un manifestant. «Criminel du climat!», a-t-on entendu hurler en anglais à quelques reprises.

«La menace, c’est que Andrew Scheer arrive au pouvoir et on se retrouve dans les années Harper où rien ne se fait pour l’environnement», a offert aux micros des journalistes le chef libéral.

Puis, il a justifié son acharnement sur la question de l’avortement et sur l’opinion personnelle d’Andrew Scheer sur cet enjeu.

«Le débat qu’on est en train d’avoir dans cette campagne, c’est parce qu’on a un chef qui refuse de répondre à une question simple. Est-ce qu’il croit que les femmes ont le droit de choisir, oui ou non?», a-t-il demandé pour la énième fois.

Deux heures plus tard, dans le sud du Nouveau-Brunswick, Andrew Scheer a répondu… non.

«J’ai toujours été clair sur cette question. Je suis personnellement pro-vie. J’ai toujours répondu (aux) questions. Mais la chose importante pour tous les Canadiens, tous les Québécois et Québécoises, c’est le fait que j’ai fait un engagement que comme premier ministre, je ne vais pas ouvrir ce débat et je vais voter contre n’importe quelle mesure qui essaie de rouvrir ce débat», a-t-il offert.

Lorsqu’il lui a fallu répéter sa déclaration en anglais, il a été applaudi par la petite foule de militants conservateurs.

«Cette idée de s’en remettre à la loi comme il le fait, quand un gouvernement a le pouvoir de changer les lois, est tout simplement irresponsable», disait M. Trudeau, le matin.

«Je pense que les femmes peuvent voir que Andrew Scheer ne sera pas là pour défendre leurs droits», concluait-il.

«Il a eu la chance de le dire mais il ne l’a pas le dit», a fait remarquer le chef néo-démocrate Jagmeet Singh à propos de l’admission tardive de M. Scheer. «Ça montre un manque de courage», de l’avis de M. Singh.

Une nouvelle tuile sur la tête de M. Scheer

Le chef conservateur a tenté de se défendre de ne pas avoir fait état publiquement de sa citoyenneté américaine en disant que personne ne lui avait posé de question à ce sujet.

Le «Globe and Mail» a rapporté que le père du chef conservateur était né aux États-Unis. En conséquence, M. Scheer et ses soeurs ont aussi obtenu la nationalité américaine.

Il a rencontré en août des employés consulaires américains afin de lancer le processus de renonciation à sa citoyenneté américaine.

«J’ai pris la décision après être devenu chef du parti, a dit M. Scheer aux journalistes après avoir prononcé un discours devant quelques centaines de partisans lors d’un rassemblement à Bedford, en Nouvelle-Écosse. J’ai porté mon attention sur autres choses. J’avais un parti à rebâtir, je devais être prêt pour les élections, je travaillais à notre programme. J’ai toujours eu l’intention de le faire avant les élections.»

M. Scheer était toutefois resté silencieux lorsque les conservateurs avaient condamné l’ancien chef du NPD, Thomas Mulcair, et l’ancien chef libéral, Stéphane Dion, parce qu’ils avaient aussi la nationalité française, le premier par sa femme, le second par sa mère.

«Personne ne m’a interrogé là-dessus, a-t-il répondu à ceux qui lui demandaient s’il n’avait pas été hypocrite dans ce dossier. Comme des millions de Canadiens, un de mes parents est né dans un autre pays.»

Singh à Toronto

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) a été invité à revenir sur un incident alors qu’un Montréalais l’a approché, mercredi, pour lui conseiller, en anglais, de retirer son turban afin de faciliter son élection.

«J’ai fait face à des choses comme (…) ce qui s’est passé hier à Montréal toute ma vie. Alors pour moi, c’est quelque chose qui est rendu un peu normal», a relaté M. Singh, en point de presse.

Puis, comme lorsqu’il a commenté l’épisode du «blackface» de Justin Trudeau, il a cherché à élargir la réflexion, plutôt que de la limiter à sa personne.

«C’est tellement difficile pour plusieurs personnes qui toujours reçoivent des conseils qui (se font dire) vous devez changer pour (faire) partie de la société ou vous devez changer votre identité pour avancer dans votre carrière», a-t-il souligné. Il a ensuite exprimé le souhait de «bâtir une société où tout le monde peut être qui ils et elles sont».

May en a marre

Parlant de M. Singh, il a fait l’objet des attaques de son adversaire du Parti vert, Elizabeth May, qui lui a reproché de propager des faussetés sur le compte de son parti.

Selon elle, le chef néo-démocrate a faussement attribué aux verts une position nébuleuse sur le droit à l’avortement. Il les aurait aussi accusés d’avoir adopté des positions faibles sur l’unité nationale et d’être prêts à appuyer un éventuel gouvernement conservateur minoritaire.

Mme May a rappelé que les verts appuyaient le droit des femmes au libre choix, défendaient bec et ongles un Canada uni et ne rejetaient pas l’idée de parler à tous les autres partis dans un Parlement où aucune majorité ne se dégagerait.

La chef des verts déplore que les néo-démocrates semblent concentrer leurs attaques sur son parti et tentent de faire croire qu’un vote pour les verts équivaudrait à un appui aux conservateurs d’Andrew Scheer.

Blanchet en entrevue

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet avait quelques entrevues médiatiques à l’horaire, jeudi. À la première de ces apparitions, sur l’antenne de QUB radio, il s’est dit satisfait de sa performance au débat.

Certains médias anglais ont retenu son court discours de fermeture à ce débat, l’interprétant comme sectaire.

«Vous pouvez opter pour des femmes et des hommes qui vous ressemblent, qui portent vos valeurs, qui partagent vos préoccupations, qui travaillent et qui travailleront pour vos intérêts et seulement pour les intérêts des Québécoises et des Québécois», a dit M. Blanchet mercredi soir.

La traduction de l’expression «vous ressemblent» en a fait tiquer plusieurs.

Au Bloc québécois, on assure qu’en parlant de ressemblance, le chef faisait référence aux valeurs des Québécois et non pas à leurs identités ethniques.

Lina Dib, La Presse canadienne