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Une personne racisée risque davantage d’être interpellée par les policiers

Une personne racisée risque davantage d’être interpellée par les policiers
Photo: Getty Images/iStockphoto

MONTRÉAL — Une personne racisée risque beaucoup plus d’être interpellée par les policiers montréalais qu’une personne blanche.

Ce sont les femmes autochtones qui sont les plus ciblées proportionnellement, alors qu’une étude réalisée par trois chercheurs et rendue publique lundi démontre qu’elles sont 11 fois plus susceptibles de se faire interpeller que les femmes blanches.

Tous sexes confondus, les personnes noires et autochtones ont entre quatre et cinq fois plus de chances que les personnes blanches d’être interpellées par les policiers.

Le rapport rendu public par les chercheurs fait aussi état d’une interpellation policière disproportionnée auprès des personnes noires et arabes par rapport à leur contribution à la criminalité. Les personnes d’origine latino-américaine sont aussi anormalement souvent dans la mire des policiers, mais dans une proportion un peu moindre que les groupes mentionnés ci-haut et, fait à noter, les personnes asiatiques sont interpellées moins souvent que les personnes blanches.

«Très surpris et préoccupé»

«Je suis très surpris et très préoccupé par les résultats qu’on voit dans l’étude», a reconnu le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Sylvain Caron, en prenant connaissance du rapport.

Sans aller jusqu’à qualifier cette situation de profilage racial, les chercheurs n’en concluent pas moins qu’il existe un «biais systémique lié à l’appartenance raciale» dans les interventions des policiers sur le terrain, une expression que le directeur Caron n’a pas hésité à faire sienne.

«Le présent rapport ne fait pas état de profilage racial au SPVM; il fait état de disparités importantes et préoccupantes», a-t-il fait valoir.

Sylvain Caron n’a d’ailleurs pas hésité à se porter garant des valeurs de ses policiers, voyant plutôt le problème dans leur approche du travail de terrain.

«Moi, je vous dis qu’on n’a pas de policiers racistes; on a des policiers qui sont des citoyens et qui nécessairement ont des biais, comme tout citoyen peut avoir. C’est cet aspect qu’il faut essayer de comprendre et c’est un enjeu complexe à définir.»

Politique et équipe spécialisée

C’est sans aucune hésitation qu’il s’est engagé à suivre les cinq recommandations des chercheurs qui visent à clarifier les politiques en matière d’interpellation, d’assurer une collecte de données plus fiable et un meilleur suivi et d’intégrer la notion de profilage racial dans la planification, les politiques et la formation du corps policier.

Le directeur Caron a annoncé, en marge de ces recommandations, la préparation d’une politique sur l’interpellation — la première d’un corps policier au Québec — pour baliser une pratique qu’il a qualifiée de «très floue» et «vague». De plus, il mettra sur pied une équipe de policiers «ayant développé une spécialisation dans l’intervention auprès des communautés culturelles», deux démarches qui doivent être complétées d’ici le mois de mars prochain.

Il a affirmé que l’objectif le plus important de son organisation est de «réduire les disparités dans les interpellations pour qu’elles soient réalisées auprès des citoyens de manière juste et équitable».

Valérie Plante: «Ça suffit»

Réagissant au dépôt de l’étude, la mairesse Valérie Plante a dit s’attendre à ce que le SPVM «suive rigoureusement l’ensemble des recommandations» tout en se disant «satisfaite que le SPVM reconnaisse qu’il existe des biais systémiques au sein de son corps policier».

«Désormais, il n’y aura plus de faux-fuyant: l’image que nous transmet notre miroir n’est peut-être pas reluisante, mais accepter la réalité, c’est la première étape nécessaire pour évoluer positivement», a déclaré Mme Plante.

Celle-ci a du même coup insisté à plus d’une reprise sur la nécessité pour le SPVM d’embaucher davantage de représentants des communautés culturelles, qui sont sous-représentées au sein du corps policier.

«Ça stagne depuis 10 ans. Ça suffit. Il faut qu’on ait une meilleure représentation au sein du SPVM», a-t-elle dit.

La mairesse n’a pas caché que, même si cette étude devrait permettre au corps policier de progresser, elle peut également avoir un effet inverse, du moins à court terme, en ce qui a trait à la crise de confiance du public envers le SPVM.

«Un rapport comme celui-ci nuit au rétablissement de cette confiance et c’est très préoccupant», a-t-elle reconnu.

Pierre Saint-Arnaud, La Presse canadienne