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20:01 5 décembre 2019

Montréal: un rapport recommande la distribution du Publisac à ceux qui le demandent

Montréal: un rapport recommande la distribution du Publisac à ceux qui le demandent
Photo: Josie Desmarais/Métro

MONTRÉAL — Les circulaires comme le Publisac devront être distribués seulement qu’à ceux qui le demandent et non d’une façon systémique sur l’île de Montréal, a recommandé un comité d’élus dans un rapport très attendu dévoilé jeudi soir.

Les coûts environnementaux de la distribution systémique des circulaires comme le Publisac sont trop élevés, a tranché la Commission sur l’eau, l’environnement, le développement durable et les grands parcs de Montréal.

Comme Montréal veut jouer un rôle de leader dans la lutte au changement climatique, l’administration Plante doit adopter une politique d’adhésion volontaire, ou «opt-in», ont estimé les élus chargés d’étudier la réglementation sur la distribution de matériel publicitaire.

Un citoyen qui désire recevoir des circulaires devrait par exemple l’indiquer par la présence d’un autocollant.

C’est l’inverse du modèle actuel, appelé «opt-out», où c’est le résident qui ne veut pas recevoir de circulaires qui doit apposer l’autocollant.

Pour ceux qui souhaiteraient toujours recevoir des circulaires, les élus recommandent d’interdire l’utilisation du plastique pour la distribution de ces publicités, ou que le distributeur utilise des «emballages qui n’ont pas à être séparés de leur contenu pour être adéquatement recyclés».

Bien connu des consommateurs et distribué à domicile, le Publisac contient à la fois des feuillets publicitaires et généralement un hebdomadaire local.

L’éditeur et imprimeur québécois TC Transcontinental distribue son produit à environ 800 000 domiciles sur l’île de Montréal, ce qui représente 20 800 tonnes de matières générées chaque année selon la commission.

Lors de la présentation de leur rapport, les élus qui siègent à la commission ont fait valoir une série de raisons reliées à l’environnement pour justifier leurs recommandations. Ils ont notamment mentionné «le défi associé à la crise du recyclage, caractérisé entre autres par la fermeture des marchés étrangers pour les matières issues des centres de tri, la contamination croisée des matières dans ces centres, la saturation de la capacité des sites d’enfouissement et la baisse (de la valeur) des matières recyclées sur le marché».

Un règlement qualifié de discriminatoire

La commission recommande que la Ville laisse un «délai raisonnable» avant l’entrée en vigueur de «l’opt-in» et demande également que l’administration municipale fasse «des représentations auprès du gouvernement du Canada pour que Postes Canada adapte ses pratiques» à ce modèle.

Si la Ville met en place les recommandations de la commission, Postes Canada, qui distribue également des circulaires, ne serait pas obligé de se plier aux nouveaux règlements, car le service postal relève d’Ottawa.

L’«opt-in» serait carrément un «règlement discriminatoire», selon TC Transcontinental dont deux représentants présents dans la salle ne se sont pas gênés, lors de la période de questions qui a suivi la présentation du rapport à l’Hôtel de Ville, pour faire part de leur vive opposition au nouveau modèle suggéré.

L’inquiétude des journaux locaux

Métro Média, qui compte sur le Publisac pour la distribution de ses journaux, craint pour l’avenir des hebdomadaires locaux. Son vice-président et directeur général, Andrew Mule, a déclaré aux élus qu’«une vingtaine de mes journalistes et employés vont perdre leurs emplois» si le modèle d’affaires actuel n’est pas maintenu.

La commissaire Valérie Patreau a répondu que les élus recommandent fortement à l’administration Plante de «s’assurer qu’il y ait du soutien mis en place pour trouver des alternatives de distribution», sans spécifier de quel genre d’aide il pourrait s’agir.

«Même si la Ville choisit de développer le modèle «opt-in, elle se doit de renforcer son modèle « opt-out » en attendant, et surtout, de travailler avec tous les acteurs du milieu, y compris les entreprises de distribution publicitaire et les autres paliers gouvernementaux afin de trouver des solutions pour la distribution de la presse locale», a pour sa part déclaré le vice-président de la commission et porte-parole de l’opposition officielle en matière d’environnement, Francesco Miele.

Après la présentation, l’administration Plante a salué les recommandations par voie de communiqué.

«La volonté de protéger notre environnement et de réduire notre empreinte écologique anime un large pan de la population montréalaise, comme l’a démontré la consultation publique sur le contrôle des circulaires qui a été lancée, rappelons-le, à la suite d’une pétition signée par plus de 16 000 citoyennes et citoyens», a déclaré la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

Le Montréalais à l’origine de la pétition qui a mené à la consultation publique et aux recommandations des élus, Charles Montpetit, s’est également réjoui de la présentation de la commission.

«Je ne peux faire autrement que de vous remercier. C’est très plaisant de voir qu’il y a encore moyen d’entendre la population ordinaire et de voir que les décisions politiques ne sont pas uniquement prises par des lobbyistes ou des entreprises fortunées», a déclaré M. Montpetit, soulignant que la crise écologique était à l’origine de sa démarche.

Stéphane Blais, La Presse canadienne