Dans les médias du monde arabe, alors que Bachar al-Assad est souvent décrit comme un dictateur à la tête d’un régime sanguinaire, la crise égyptienne est devenue une guerre cathodique.
La qatarie Al-Jazeera et la saoudienne Al-Arabya, les deux chaînes d’information continue prisées par les foyers arabes, mènent une lutte des images pour modeler la crise égyptienne à leur guise.
On le sait, les Qataris ont toujours supporté les Frères musulmans. Depuis sa création, Al-Jazeera n’a-t-elle pas déroulé le tapis rouge à Youssef al-Qardaoui, le prédicateur égyptien président de l’Union Internationale des Savants musulmans et membre de la confrérie des frères musulmans? Tout récemment, Cheikh al-Qardaoui a appelé au djihad pour soutenir le retour de Morsi au pouvoir.
Quant à Al-Arabya, elle s’est alignée sur la version officielle de ses commanditaires. Le soir du putsch des militaires égyptiens, le roi Abdallah d’Arabie saoudite s’est empressé d’assurer son soutien aux autorités de transition avec d’autres monarchies du Golfe. Les Frères représentent une influence subversive potentielle auprès de leurs propres populations.
Pourtant, et je n’aurais jamais cru le dire un jour, je suis surpris par la chaîne qatarie. Malgré la fermeture de ses bureaux et l’incarcération de deux de ses journalistes par les autorités égyptiennes, Al-Jazeera essaie de respecter la déontologie journalistique dans son traitement des événements qui secouent le Caire.
Dans toutes ses émissions sur le sujet, la chaîne qatarie donne la parole à des intervenants des deux protagonistes. Le public a certes droit aux thèses des défenseurs de la légalité et des pro-Morsi, mais leurs propos sont contrebalancés par la version des pro-régimes et des sources officielles.
Chez Al-Arabya, tous ceux qui appuient les Frères sont des criminels et l’armée égyptienne mérite le soutien des Arabes, car elle incarne la stabilité de toute la région. Ironie du sort, la chaîne saoudienne se fie à la version des rebelles en Syrie et idolâtre la version officielle en Égypte!
Et ce n’est pas tout. Au pays des Pharaons, aucun média ne laisse filtrer la version des Frères. Le black-out! Pourtant, durant un an de sa présidence, Morsi subissait les critiques acerbes de la rue, des intellectuels et des opposants. Ce président se faisait malmener lors de talk-shows satiriques et des manifestations pour le destituer couraient les rues.
Vendredi dernier, lors de l’émission «Le paysage égyptien» (Al machehadou al-masry), Al-Jazeera a passé un reportage ironique. Alors que les médias sociaux égyptiens passaient en boucle les images de manifestations monstres qui secouaient plusieurs localités, les télés égyptiennes locales diffusaient de la variété. L’image d’un pays qui festoie. Circulez!