La Syrie est le cœur de Biladou Cham (le pays de Cham). Ce territoire névralgique correspond à la Syrie, la Jordanie, le Liban, les territoires palestiniens et Israël. Il a été dominé par les musulmans depuis sa conquête au VIIe siècle.
En 1916, Biladou Cham a été partagé entre la France et les Britanniques. Comme dans toutes ses colonies, la France a joué la carte des minorités pour maintenir sa tutelle sur la Syrie. Diviser pour régner!
En 1946, la Syrie indépendante est une mosaïque religieuse et ethnique majoritairement musulmane sunnite. Après plusieurs putschs militaires, le parti laïc Baas, sorte de patchwork du panarabisme et du socialisme, a fini par s’emparer des commandes du pays dans les années 1960.
Durant cette période d’émancipation de la plupart des pays arabes, la Syrie, asservie par la minorité chiite, a joué la carte du panarabisme. Elle a pris part, entre autres, à la guerre de 1967 perdue dans la honte par les Arabes contre Israël. La Syrie y a cédé le Golan.
Après son accession au pouvoir à la faveur d’un putsch militaire, Hafez el-Assad a épaulé l’Égypte dans la guerre d’octobre 1973 contre l’État hébreu. Une offensive presque gagnée par les Arabes. Cinq ans après, l’Égypte d’Anouar el-Sadate a tourné le dos aux Arabes pour sceller la paix avec Israël en retour du Sinaï.
Pour survivre dans une région où il n’y a pas de pitié pour les faibles, le père El-Assad s’est tourné vers le bloc de l’Est. Avec la Libye, le Soudan et l’Irak, Damas a été au cœur des bases arrière du «terroriste» Carlos et de ses révolutionnaires qui ont embrasé l’Europe dans les années 1980. Un vrai cartel de la lutte armée avec l’aide des Soviétiques et de leurs alliés.
Entre-temps, Hafez el-Assad a dû faire face à la montée des Frères musulmans. Formés en Égypte dans les années 1920, les Frères ont été à la tête de la grogne de la majorité sunnite. D’abord, face au colonisateur français, avant d’en découdre avec le parti Baas.
Pour mater cette révolte, papa El-Assad a mené plusieurs boucheries. Leur point culminant a été Hama, en 1982.
En 2011, comme son père, au lieu de répondre aux exigences de la majorité, Bachar el-Assad et les apparatchiks du Baas ont entraîné leur pays dans une véritable campagne de la terre brûlée.
Aujourd’hui, la Syrie se meurt. Elle est devenue un terrain de jeu dangereux où les chiites du Hezbollah libanais et des ayatollahs iraniens mènent une véritable guerre de survie contre Israël. Ils s’appuient sur la Russie qui a ses propres visées géostratégiques dans la région et la Chine qui conteste la suprématie des États-Unis sur notre planète.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.