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La dictature de la majorité

Je suis farouchement laïc et prêt à déchirer ma chemise sur la place publique pour préserver la neutralité de l’État, mais je suis contre la neutralité des individus que veut nous imposer la charte de Drainville.

Quand j’ai quitté mon pays d’origine, je n’ai pas fui la guerre, la misère ou un despote. J’ai fui la dictature de la majorité qui dictait tous mes faits et gestes. Quelle tristesse de vous réveiller un matin dans un pays où la majorité vous dicte qui prier, comment vous vêtir et quoi penser! Sinon, cette majorité vous ostracise et vous traite d’hérétique, de dépravé ou d’élément subversif nuisant à la stabilité du pays.

Pour refaire ma vie, j’ai cherché une terre éprise de démocratie et de liberté. À mes yeux, le Québec semblait la destination idéale. L’article 10 de sa Charte des droits et libertés de la personne résumait parfaitement ce havre de paix auquel j’aspirais.

J’ai arraché mon cœur pour annoncer à ma mère ma décision de la quitter. J’ai laissé tomber ma famille, mes amis et une grande partie de mes aspirations passées pour venir ici.

Le Québec que j’avais idéalisé a été hostile dans son accueil. Six mois après le 11 septembre 2001, il n’était pas bon être maghrébin, même ici. Malgré les affres du début, j’ai traversé dignement la condescendance et le mépris d’une minorité, car une grande partie des Québécois, plus généreuse et avenante, m’a aidé à faire ma place.

Je n’ai jamais regretté mon choix de faire du Québec ma seconde patrie, même quand on a touché le fond du baril, en2008, dans la foulée de la Commission Bouchard-Taylor.

Le projet de Drainville ne changera rien ni à ma vie ni à celle de ma petite famille. Mais depuis son annonce, j’ai vu ses ravages, surtout dans le milieu de la petite enfance.

Du jour au lendemain, d’honnêtes citoyennes québécoises libres, entrepreneures et épanouies ont vu leur vie éclaboussée par le tsunami-

Drainville. Une minorité silencieuse qui rend quotidiennement la vie des autres plus agréable est terrorisée. A-t-on eu la décence de parler à ces femmes et de les écouter? Ou pense-t-on que, parce que c’est une minorité qui n’a aucune incidence sur le vote, on peut l’écraser?

Dans une société digne, on juge un individu sur ses faits et gestes, pas sur ce qu’il est ou ce qu’il porte! Comme l’a si bien dit Albert Jacquard, un grand homme qui vient de nous quitter : «Ce sont les rencontres qui vous construisent et vous donnent de l’énergie. Quand vous vous privez de l’autre, vous commencez un peu à vous suicider.»

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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