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La revanche des négligés de la coupe du monde

C’était l’une des soirées les plus pénibles de ma courte existence. J’étais accroupi à même le sol, à l’entrée de notre maison. Mon cœur bâtait la chamade et mon corps tremblait comme une feuille.

Sur mon ancienne planète, cette soirée-là, il n’y avait pas un chat dehors. Depuis les fenêtres du voisinage, j’entendais la voix du commentateur sportif vedette de la télé nationale invoquer un miracle. Un peuple tout entier vivait les dernières secondes de son équipe dans ce Mondial du Mexique, celui de 1986.

Sur les terres aztèques, les Lions de l’Atlas ont fait vivre un tournoi magique à plus de 20 millions de Marocains rivés à leur petit écran. Négligée de son groupe, l’équipe nationale du Maroc a, tour à tour, neutralisé la Pologne et l’Angleterre, avant d’écraser le Portugal.

Ce Mondial mexicain n’était pas mon premier. Déjà, en 1978, j’ai entamé ma dépendance à la Coupe du monde devant notre immense télé noir et blanc.

En Argentine, les Aigles de Carthage ont dignement représenté le continent noir et tous les Arabes et les musulmans de la planète. Quatre ans plus tard, après l’exploit tunisien, l’Algérie éleva la barre de l’excellence encore plus haut. Même si elle a battu l’Allemagne, on l’a «éliminée» à cause d’un des grands scandales du football mondial. Les Allemands et les Autrichiens ont levé le pied dès que la Mannschaft a marqué l’unique but de ce match de la honte. Ce score arrangerait leur qualification aux dépens des Fennecs.

Ce Mondial de 1986 n’était pas non plus le premier des Lions de l’Atlas. Le Maroc a été la deuxième équipe africaine, arabe et musulmane à se qualifier pour un Mondial. Une histoire racontée de père en fils. Toujours au Mexique, en 1970, les Lions de l’Atlas ont croisé le fer avec la Mannschaft, le rouleau compresseur allemand. Négligés, ils ont ouvert le score. À la mi-temps, l’Allemagne des Beckenbauer, Müller et Maier a retraité aux vestiaires en tirant de l’arrière par un but. Les Marocains ont tenu tête pendant presque une heure de jeu avant d’abdiquer.

Seize ans après, le Maroc est sorti du premier tour en tête de son groupe pour être la première équipe africaine, arabe et musulmane à se qualifier au deuxième tour d’un Mondial. Hélas, aux huitièmes de finale, les Lions de l’Atlas ont dû encore une fois faire face avec panache à la Mannschaft.

Cette nuit du 17 juin 1986, après les pleurs, j’ai fini par savourer le parcours inouï de mon équipe au Mexique. En l’espace d’un tournoi, tout un pays s’est senti uni et bercé dans les bras de son équipe nationale face aux géants du ballon rond!

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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