L’échec du dernier sommet des chefs d’État de la région a mis en évidence l’isolement croissant des États-Unis et du Canada à l’intérieur du bloc des Amériques, mais il a surtout permis à certains de relancer le débat sur l’utilité de l’OEA comme lieu de négociations et de résolution des conflits.
À l’issue du sommet de la fin de semaine dernière, seuls le Canada et les États-Unis souhaitaient poursuivre l’exclusion de Cuba alors que les 32 autres pays voulaient y mettre un terme, affirmant qu’il s’agissait là d’un vestige de la guerre froide. En guise de protestation, ils refuseront de signer la déclaration conjointe. Même le président colombien Juan Manuel Santos, l’hôte du sommet, a déclaré qu’il était «inacceptable» que Cuba ne soit pas à la prochaine rencontre en 2015.
Les deux dirigeants nord-américains ont évoqué la question des réformes démocratiques nécessaires à Cuba, pour justifier leur position. Le premier ministre Harper a essayé se dissocier légèrement de la position traditionnelle américaine en affirmant que le Canada n’appuie pas la position visant à isoler Cuba. «Nous croyons que le Sommet des Amériques devrait être restreint aux pays démocratiques, et que Cuba devrait être encouragé à devenir un pays démocratique à l’avenir […] et nous soutenons que la politique canadienne est la façon de parvenir à ce résultat plutôt que la politique observée par nos amis américains», a-t-il dit.
Bien que l’administration Obama démente le fait que cette division au sein de l’OEA soit révélatrice d’un changement de donne au sein de l’organisation dans laquelle les États-Unis se retrouveraient plus souvent en marge, l’unité des États membres sur la question cubaine pourrait laisser entrevoir d’autres occasions où les États membres feraient bloc commun pour mettre en cause certaines politiques américaines controversées dans la région, mais trop longtemps tolérées.
Il faut dire que les temps ont changé, car si avant l’Amérique latine était perçue comme un bloc monolithique d’États dont l’économie dépendait du soutien américain, maintenant ces pays sont devenus des destinations de choix pour les investisseurs étrangers. Les compagnies chinoises par exemple qui convoitent pétrole, sols fertiles et contrats de voirie se bousculent à leurs portes pour investir. Pendant ce temps, l’économie américaine peine à se redresser et son budget d’aide internationale ne cesse de rétrécir. Washington a de moins en moins de bâtons avec lesquels menacer et moins de carottes à tendre pour amadouer.
Avec 32 pays en faveur de l’inclusion de Cuba au sein de l’OEA, et seuls le Canada et les États-Unis qui s’y opposent, il y a fort à parier que l’utilité de l’OEA pour la diplomatie régionale sera remise en cause. Déjà, elle doit rivaliser avec d’autres forums similaires alternatifs comme l’Union des États d’Amérique du Sud (UNASUR) et la Communauté des États latino-américains et caribéens (CELAC), mise en place par Chavez. On se demande maintenant si, comme l’embargo sur Cuba, l’OEA n’est plus en fait qu’un vestige de la guerre froide qui a largement dépassé son utilité.
