Trois ans après qu’un mandat d’arrêt international ait été lancé contre lui, le chef de guerre soudanais semble vouloir reproduire la tragédie du Darfour. La tension entre les deux Soudan s’est aggravée ces derniers jours, après l’appel à «exterminer les insectes» lancé par le président Omar el-Béchir en référence aux sud-soudanais.
Les bombardements ne cessent de s’intensifier contre des villes comme Heglig pourtant déjà tombée sous contrôle des troupes de Khartoum. Omar el-Béchir n’a absolument pas l’intention de négocier, faisant ainsi fi des multiples appels de la communauté internationale. L’ONU s’inquiète d’une nouvelle crise humanitaire devant l’exode des populations victimes des raids aériens.
Jusque-là l’impression générale était que Khartoum voulait reprendre le contrôle de la région frontalière avec le Soudan du Sud, en particulier la ville pétrolière d’Heglig où l’on retrouve, concentrés, quasiment tous les principaux gisements. Mais le vocabulaire utilisé et les actions menées ces derniers jours laissent croire que les projets d’el-Béchir vont au-delà d’un simple combat pour réparer un tort commis par l’adversaire. «Le peuple soudanais va punir son voisin… Heglig n’est pas la fin, c’est le début» a déclaré Omar el-Béchir, devant des partisans déchaînés.
Est-ce qu’il faut ignorer le rôle des autorités de Juba dans cette nouvelle escalade de la violence? Ce n’est pas l’objet de notre propos, cependant on ne peut s’empêcher de rappeler que, depuis environ une trentaine d’années, d’abord comme commandant militaire puis comme chef d’État, Omar el-Béchir a tenté de venir à bout de certaines ethnies qu’il considère comme dangereuses.
Entre 1983 et 2005, plus de deux millions de personnes sont mortes dans la guerre entre le Nord et le Sud Soudan. Si les origines du conflit au Darfour étaient ethniques, Omar el-Béchir avait transformé une guerre en véritable génocide, selon le tribunal pénal international.
L’appel à l’extermination des insectes m’a donné froid dans le dos, autant que vous j’imagine, puisque ravivant dans notre mémoire collective le fameux appel à écraser les «cafards» qui s’est soldé par le massacre de près d’un million deTutsis au Rwanda. Un des plus importants génocides de l’histoire.