Depuis l’adoption de la loi sur le déficit zéro, les Québécois se bercent avec l’illusion qu’ils vivent selon leurs moyens. Les infra-structures déficientes, les services amoindris se justifient par le fait qu’il faut se serrer la ceinture. Pourtant, la dette n’a cessé d’augmenter. Il y avait sûrement un os. Le chat est sorti du sac quand le vérificateur général a publié un rapport faisant état d’un trou important dans les finances publiques. Une somme rondelette de 5,8 G$ a manqué pour boucler le budget au fil du temps. Cette somme a été additionnée à la dette totale, mais n’a jamais figuré comme déficit dans les budgets des ministres des Finances.
Il est maintenant clair que malgré l’adoption d’une loi obligeant à respecter le déficit zéro, le Québec a continué de dépenser au-delà de sa capacité de payer. Ce qui est triste dans toute cette opération, c’est que le premier ministre actuel croit qu’on ne peut faire mieux. Jean Charest a soutenu qu’il était impossible d’investir dans les infrastructures sans accroître la dette québécoise. Pourtant, on le fait ailleurs. Le Québec est la seule province à voir sa dette par habitant s’accroître au Canada.
Il est vrai que certains des choix qui ont été faits pour l’atteinte du déficit zéro sont discutables. On n’a qu’à penser aux départs à la retraite massifs dans les services de soins de santé. L’objectif était ambitieux, et le gouvernement a même devancé son échéancier d’un an. Trop et trop vite, peut-être. Cela ne justifie pas pour autant que l’équilibre budgétaire ne soit pas l’objectif à viser.
L’intérêt sur la dette occupe le troisième poste en importance dans le budget québécois, après la santé et l’éducation. Il représente quelque 8 milliards année après année. Une somme importante qu’il est possible de contenir à cause des bas taux. L’avenir ne garantit pas que cela se maintienne.
Il est possible de tirer des leçons du passé. L’entretien de nos infrastructures a souvent cédé la place à d’autres priorités, ce qui explique la facture salée aujourd’hui. Il faut se donner de la rigueur. À entendre Jean Charest, il faudrait se résoudre à vivre avec un déficit. C’est désolant. C’est comme si le Québec ne pouvait aspirer à faire mieux. Il est vrai qu’il y aura toujours les générations à venir pour ramasser la facture. Cela n’empêche pas de vouloir penser à une manière de gérer autrement.