Le gouvernement conservateur n’aura pas d’éruption de boutons si le Québec négocie directement la mobilité de la main-d’ouvre avec la France.
Doit-on s’en surprendre? Pas nécessairement. Alors que les rumeurs d’élections fédérales se font de plus en plus insistantes, il apparaît de plus en plus clair que les conservateurs n’hésiteront pas à faire vibrer la corde nationaliste des Québécois. Cette attitude s’inscrit en droite ligne avec ce que pratique déjà le Québec sur le plan international.
En effet, la thèse Gérin-Lajoie, développée par cet ancien ministre du cabinet de Jean Lesage, veut que les compétences du Québec se prolongent sur la scène internationale. Elle a amené le Québec à signer certaines ententes bilatérales et à parti-ciper de plein droit à des conférences internationales. La reconnaissance de l’autonomie de Québec en matière de mobilité de la main-d’ouvre est donc en droite ligne avec ses pratiques passées.
Il faut noter que c’est le ton du gouvernement fédéral qui a changé. Les années de gouvernement libéral nous ont habitués à moins de souplesse. Les désirs d’autonomie du Québec suscitaient la plupart du temps l’affrontement. On peut se souvenir de la levée de boucliers au moment où Liza Frulla avait offert au Québec une place privilégiée dans le cadre des négociations sur la diversité culturelle. L’annonce d’un statut particulier pour le Québec à l’UNESCO par le gouvernement Harper avait suscité des grincements de dents dans les rangs libéraux.
Le concept d’autonomie fera son chemin si, pour Stephen Harper, le fédéralisme d’ouverture se traduit par le respect obligatoire des juridictions des provinces. La reconnaissance de la nation québécoise demande aujourd’hui des gestes concrets. La cohérence veut que le Québec puisse exercer son autonomie là où ses compétences le permettent. Cela devrait aussi se matérialiser par l’encadrement du pouvoir fédéral de dépenser.
Il faut aussi se souvenir que le Québec n’est toujours pas signataire de la constitution de 1982. Pour changer les choses de manière durable, il faudra à un moment donné inscrire ses volontés sur papier. Si les paroles s’envolent, les écrits restent.
