Je comprends les étudiants qui ne souhaitent pas avoir un diplôme à rabais. Je comprends le pessimisme face aux issues et aux gains possibles de cette grève; dans la société actuelle, l’étudiant n’a pas de voix. Au final, grève ou pas, ce sont les étudiants qui paient la note, au sens propre comme au sens figuré. Je comprends l’argument qui consiste à minimiser la situation en comparant nos droits de scolarité avec ceux d’autres universités canadiennes ou étrangères. Néanmoins, je ne partage pas ce point de vue. Ne devrions-nous pas viser un idéal sociétal et travailler à sa réalisation? Malgré mon empathie pour les étudiants qui sont contre la grève et qui doivent la subir, je ne peux être contre ce moyen de pression, aussi faible soit-il.
Pour certains, l’augmentation des droits de scolarité représente seulement la somme d’un café par jour, rien de bien significatif. Pour d’autres, dont la situation financière est précaire ou qui ont une famille à charge, cette hausse est beaucoup plus dramatique.
Mais la probléÂmatique est beaucoup plus vaste que le simple montant de l’augmentation. Accepter cette augmentation, c’est ouvrir la porte à d’autres augmentations. Jusqu’où iront-elles? Au-delà de l’augmentation en elle-même, la répartition de l’argent investi dans les universités pose problème : assurera-t-elle une meilleure qualité d’enseignement ou de meilleurs services aux étudiants? Il est permis d’en douter. L’augmentation permettra notamment d’offrir de meilleurs salaires aux cadres ainsi que d’investir dans la recherche orientée en fonction des intérêts des entreprises. Ainsi, les universités ne sont que le microcosme d’un système où l’argent est constamment envoyé vers le haut.
Accepter l’augmentation sans mot dire, c’est accepter ce système qui contribue à créer toujours plus d’injustice sociale, toujours plus d’écart entre les riches et les pauvres. Dire non aux droits de scolarité n’est pas un geste égoïste et radin, un geste de «bébé gâté», mais un geste politique. Il s’agit de refuser de se soumettre à ce système tout en continuant de croire et de travailler, malgré la mauvaise foi de nos dirigeants actuels, à la possibilité d’un monde meilleur.
– Anne-Marie Leclerc, Étudiante au doctorat et chargée de cours en études cinématographiques à l’Université de Montréal