Au milieu des années 2000, avec le populisme galopant de nos politiciens, la bataille de la diversité culturelle a embrasé la sphère médiatique.

En plus de bûcher dans les tranchées de l’intégration professionnelle des immigrants comme conseiller en emploi, j’ai entamé, à temps partiel, mon certificat en journalisme à l’Université de Montréal. Je me préparais à ouvrir un autre front sur la place publique.

Quelle ne fut pas ma surprise! Même dans le milieu universitaire, les préjugés avaient la peau dure. Un exemple parmi d’autres : lors d’un cours, on discutait de l’importance de l’intérêt public versus l’intérêt du public dans le traitement de l’information. Inconsciemment, notre professeur talentueux nous a confié le fond de sa pensée.

Pour cet homme de grande expérience, les médias de l’Occident basent leur travail sur les faits. Leurs nouvelles sont factuelles, contrairement à celle des pays non démocratiques, qui sont manipulées par les dictatures en place.

J’ai poliment demandé au professeur de modérer ses propos. Pour étayer mon opinion, j’ai cité l’exemple d’une recherche de l’Université de Detroit qui venait d’être publiée aux États-Unis. Cette étude a démontré que 80 % des Américains qui suivaient exclusivement les nouvelles sur FOX News étaient sûrs et certains que l’Amérique avait bel et bien découvert des armes de destruction massive chez le dictateur irakien Saddam Hussein. Ce qui a accouché d’une des plus grandes manipulations politiques des temps modernes. D’ailleurs, de grands quotidiens américains, comme le Washington Post, ont présenté des excuses écrites à leur lectorat pour avoir failli à leur rôle de gardiens du temple en cautionnant la thèse de George W. Bush.

L’éminent professeur m’a pris à partie : «Je refuse d’entendre quelqu’un de ma classe affirmer que les médias d’une grande démocratie comme les États-Unis manipulent leur public. Ne me dites pas qu’Al Jazeera est plus transparente que Fox News!»

Mon professeur aurait pu citer comme exemple la télé d’État de la Corée du Nord ou de tout autre pays qui croupit sous le joug d’une dictature, mais il a fait allusion à la chaîne arabe en information continue pour me clouer le bec. Autrement dit, moi, l’Arabe, qui étais-je pour donner la leçon ou critiquer une démocratie occidentale?

Je n’ai pas eu à piper mot. Une étudiante a pris ma défense. Elle s’est indignée contre l’insinuation malicieuse et humiliante du professeur, dans un cours de journalisme de surcroît!
En passant, je ne suis pas arabe. Je suis d’origine berbère. En ce premier jour du calendrier agraire utilisé depuis l’Antiquité par mes aïeux, joyeux Yennayer!

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