« Nous sommes présentement le plus gros lobby au Québec ». Martine Desjardins, présidente de la FEUQ, rayonnait la semaine dernière après l’annulation de la hausse des droits de scolarité par Pauline Marois. L’ivresse des hauteurs n’a pas épargné sa vis-à-vis Éliane Laberge, de la FECQ, qui a parlé d’une « journée historique » pour le Québec.

Je m’en voudrais de briser l’ambiance, mais que fait-on de ces autres journées qui ont vu les femmes obtenir le droit de vote, de l’élection de l’« équipe du tonnerre » de Lesage, de celle du premier gouvernement péquiste, des deux référendums, et de l’élection récente d’une première ministre, pour n’en nommer que quelques-unes?

Qu’y a-t-il d’historique à contenir une hausse largement compensée par l’amélioration des prêts et bourses? Je ne sais pas pour la place dans les livres d’histoire, mais je doute de celle dans les manuels de comptabilité…

Les leaders étudiants ont voulu voir une génération entière aller au front. La réalité demeure que la plupart sont restés en classe; que bien des votes de grève ont été obtenus en dépit de taux de participation anémiques; que lorsque les votes ont été tenus secrètement et sur de longues périodes, et non à main levée dans des salles paquetées, les résultats ont été peu favorables à la grève.

La FEUQ et la FECQ doivent leur « journée historique » à une maigre avance de 0,7 % des péquistes sur les libéraux lors des récentes élections. Ce n’est pas une victoire, c’est une marge d’erreur.

Tout ça ne suffit pas à faire descendre Martine Desjardins et Éliane Laberge de leur nuage: le prochain objectif est le gel des droits de scolarité, soit une diminution annuelle en termes réels.

Mesdames, au risque de passer pour nono : y’a pas mieux à demander, pour « le plus gros lobby au Québec »? Après avoir gagné sur toute la ligne, vous ne pourriez au moins consentir à une indexation au coût de la vie, comme pour le pain, le beurre et le salaire des professeurs? À moins que vous ne vouliez geler ça aussi?

Plutôt que de vous battre contre la réalité et de nous assurer ainsi d’un nouveau psychodrame social dans cinq ou dix ans, pourquoi ne pas montrer que vous et vos militants êtes prêts à mettre tout votre poids dans une cause qui fera davantage une différence qu’une poignée de dollars de plus dans les poches de la future élite?

Je vous en donne une toute faite : le sort des aînés. C’est honteux. On a des CPE pour les tout-petits, mais on laisse pourrir, puis mourir, nos grands-parents avec le minimum, et parfois moins. Y’a de quoi manifester, et pas qu’un petit peu.

Si vous tenez à rester dans le registre de l’éducation, pourquoi ne pas vous attaquer au décrochage? L’énergie des manifestations pourrait être recyclée en aide aux devoirs et aux projets parascolaires. Si plus d’un élève sur deux complétait son secondaire en cinq ans, peut-être qu’il y aurait plus de monde à l’université…

Vous avez prétendu à une révolution sociale par la jeunesse. Prenez garde à ne devenir qu’un vieux mouvement qui ne travaille que pour lui et ne compte que sur son rapport de force.

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