Francis Vachon - Agence Icône Le Musée de la civilisation de Québec, qui a acquis les archives de M. Dallaire, a conçu une exposition récapitulant son travail.

BIXI entamera cette semaine sa dixième saison. Pour l’occasion Métro a rencontré le designer du système de vélos en libre-service montréalais, Michel Dallaire, mais aussi des acteurs importants derrière ce projet, où l’industrie du vélo rencontre la politique et le design.  Ils dévoilent dix choses encore méconnues sur le vélo préféré des Montréalais.

1. Guidon orignal. C’est connu, le cadre du vélo est inspiré du boomerang qui, comme le BIXI, va et vient. Par contre, ce qui n’était pas prévu, c’est que le guidon ressemble à un panache d’orignal. «On avait dessiné le guidon en creux pour dégager l’accès au panier avant. Et un jour, mon collaborateur, Dominic Arbour, se met les deux guidons de chaque côté de sa tête et on se rend compte que ça faisait un panache. Mais c’est un pur hasard», rigole M. Dallaire.

2. Nom pas cher. En tout, 8896 propositions ont été déposées à la suite du lancement du concours ouvert aux citoyens pour trouver un nom au vélo en libre-service. C’est Michel Gourdeau qui a remporté la palme avec BIXI, qui représente une contraction de bicyclette et taxi. Il a gagné un abonnement à vie. «Mais comme il était dans la mi-cinquantaine à l’époque, on peut dire que la Ville a réalisé la meilleure affaire de sa vie, si l’on considère que ça aurait coûté plus de 200 000$ en passant par une agence de pub», ironise M. Dallaire. M. Gourdeau n’est pas amer pour autant. «À 68 ans, j’utilise encore le vélo une bonne trentaine de fois par année et j’espère bien aller jusqu’à l’âge limite fixé par la Ville pour mon prix, soit environ 90 ans», plaisante M. Gourdeau.

3. Sélection. Pour se démarquer des cinq autres compétiteurs pressentis pour dessiner le vélo en libre-service montréalais, Michel Dallaire avait plusieurs atouts. Il détenait l’exclusivité du fabriquant de vélos Cycles Devinci, en plus de compter plusieurs réalisations marquantes, dont la torche olympique de 1976. Il a proposé un système simple et épuré mais surpassant la concurrence existante. «Pour bien comprendre le Vélib français, on en a loué un et on l’a emmené à la délégation du Québec à Paris pour en démonter chaque pièce. On les a toutes pesées et étudiées, pas pour les imiter, mais pour les optimiser», confie-t-il.

4. Pièce préférée. Non, ce n’est pas le vélo que chérit le plus Michel Dallaire, même s’il a le plus grand respect pour le fabricant Cycles Devinci. «Le défi, ça a été le système d’attache à la borne d’arrimage, qui est aussi le cerveau derrière le système [de vélo en libre-service]. Il y avait tellement de brevets internationaux à contourner, mais on y est arrivé», dit-il. Trop faible par endroits, une partie de la pièce a été redessinée, car des vandales étaient capables de forcer la sortie du vélo sans payer.

6. Vente à New York. En 2009, le modèle d’affaires élaboré par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain – qui pilote le projet de la Ville – visait à exporter BIXI à l’étranger afin d’assurer sa rentabilité. «La première cible était énorme: New York. Dans le cadre de l’appel d’offres, on y est allé à trois reprises pour signifier notre intérêt», mentionne André Lavallée, l’élu responsable des transports dans l’administration Tremblay. Il se rappelle particulièrement avoir parcouru les 70 kilomètres du Five Boroughs Tour, l’équivalent du Tour de l’île. «On était une petite délégation. Il tombait une pluie glacée et les participants chutaient régulièrement. Grâce aux [vélos] BIXI avec leurs gros pneus et leur centre de gravité plus bas, on a tenu les 70 kilomètres», se souvient M. Lavallée. Même s’il souligne que le succès du BIXI à Montréal a été le moteur de la réalisation du Plan de transport, il déplore que la Ville de Montréal ait été forcée de se débarrasser du volet international. «On reproche aux politiciens de ne pas penser en dehors de la boîte et quand on le fait, on se fait taper sur les doigts», avance-t-il.

7. Cousin décevant? Faute de soutien gouvernemental, le système de vélo en libre-service montréalais a connu des difficultés financières et a dû scinder ses activités en 2014. Après avoir été brièvement vendu par le syndic de faillite à Bruno Rodi pour 4M$, les activités internationales ont ensuite été cédées à un entrepreneur de Longueuil, Luc Sabbatini, pour une somme paraît-il nettement supérieure, si l’on se fie au livre Michel Dallaire, de l’idée à l’objet. le designer y a perdu au passage son autorité sur le design et il n’a pas été impliqué dans l’élaboration du modèle FIT, la version moins chère du BIXI, destinée aux marchés émergents. «Je ne peux pas les blâmer d’avoir choisi cette option, mais je suis un peu déçu du résultat esthétique», dit M. Dallaire. Avec l’ajout récent des villes brésiliennes de Recife, Sao Paulo et Rio, BIXI circule dans 28 villes à ce jour. 

8. La publicité. En 2011, la publicité a fait son apparition sur les vélos et les bornes du système de vélo en libre-service montréalais. Michel Dallaire, apôtre de la sobriété et du minimalisme, avoue sa déception. «Ce vélo devait respecter le vocabulaire de la ville et ne pas créer de pollution visuelle. Là, il y avait d’un coup trois commanditaires. C’était d’un désordre visuel insupportable. Avec un seul commanditaire comme Manuvie, c’est déjà mieux», souligne le designer. Ce dernier se questionne de façon plus large sur la publicité au Québec. «Pourquoi avec leur espace public, les Québécois, n’ont-ils pas l’obsession du beau comme les Scandinaves, les Suisses ou les Allemands», se demande-t-il.

10. Anecdotes. Selon les données fournies par BIXI Montréal, le client le plus acharné a roulé 19 316 km durant ses 1610 heures d’utilisation, soit une moyenne de 10,4 km par jour pendant 9 saisons de BIXI. C’est plus que la distance entre Montréal et Perth, en Australie! Autre fait cocasse, en 2011 un utilisateur du BIXI a passé la nuit au poste de police parce qu’il roulait avec un BIXI noir aux couleurs de ceux Londres. «À l’époque, on venait d’inclure quelques BIXI aux couleurs des villes internationales qui nous avaient choisis. L’agent de police n’était pas au courant et était persuadé qu’il s’agissait d’un BIXI volé», raconte Bérengère Thériault, porte-parole de BIXI Montréal.

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