Arrivée au Canada en 1992, gardant un lien profond avec sa Pologne d’origine, Katarzyna Szrodt s’est un jour demandé: «Que s’est-il passé avec ces artistes diplômés de l’École des beaux-arts de Varsovie, de Cracovie ou de Gdańsk, qui sont partis entre 1939 et 1989? Ces talents qui ont émigré et dont on a, sensiblement, perdu la trace?» Ce sujet est devenu sa thèse de doctorat. Et, extension de l’ensemble, une exposition présentée jusqu’à samedi à la Galerie d’arts contemporains.

C’est une petite exposition d’un grand intérêt. Vingt-deux artistes, chacun représenté par deux œuvres. Tous sont nés en Pologne, sont diplômés d’écoles supérieures et ont quitté leur pays pour venir s’installer au Canada. «Dix-sept habitent Montréal. Trois peintres et un sculpteur se sont posés à Toronto, et une artiste demeure à Ottawa», explique Katarzyna Szrodt.

La commissaire a passé cinq ans à plancher sur le sujet de ses compatriotes ayant quitté leur pays entre 1939 et 1989 pour pratiquer leur art ici. Au final, elle en a dénombré 261.

Pour cause d’espace et de moyens, elle a dû arrêter son choix sur les deux dizaines susmentionnées pour concocter sa sélection présentée à la Galerie d’arts contemporains, fondée par Stanley 
M. Borenstein. «Le résultat n’est pas à 100% tel que je l’aurais imaginé, concède-t-elle. Ça s’appelle Polish Artists in Canada, mais c’est davantage Polish Artists in Montreal et les environs!»

Néanmoins, l’ensemble, dont la majorité est disponible pour acquisition, se révèle diversifié: des toiles, des dessins, des sculptures, une affiche (une branche incontournable en ce qui a trait à l’art polonais) et même quelques pièces de joaillerie.

Parmi le lot, on trouve Andrzej Pawlowski, dont les sculptures «faites de résidus de toutes sortes présentent principalement des personnages», remarque Katarzyna Szrodt, pointant sur ces entrefaites un des personnages en question, soit Lucius Annaeus Seneca. «Ce recycling-art, comme on dit, est caractéristique de la création d’après-guerre, ajoute-t-elle. C’est une époque où les artistes souhaitaient reconstruire une réalité qui s’était effondrée sous leurs yeux. Recoller les morceaux, assembler les éclats.»

Parlant d’époque, les créateurs choisis ont en moyenne 60 ans. Le plus jeune d’entre eux, Piotr Wedzicha, en a 30. «C’est la génération de Solidarność», souligne la commissaire. Les femmes sont également à égalité avec ces messieurs. On voit notamment deux œuvres d’Irena Iriko Kolodziej de Toronto, qualifiées d’«aériennes» et dont l’une s’intitule, très à propos, Magic Hour. «J’aime beaucoup ce qu’elle fait. Ses nuages, son jeu avec les couleurs, les nuances…» Elle craque aussi pour le travail du peintre local Janusz Migacz. «Je le surnomme l’arrière-petit-fils d’Edgar Degas. Ce sont aussi des ballerines, mais les tonalités sont différentes. Degas donnait dans le bleuté. Migacz, lui, plonge dans le bronze.»

«Pour les artistes, une exposition de groupe est une chose très importante. Car l’artiste a besoin de confrontation, de dialogue, d’échanges de vision. Il a besoin de partager sa solitude au contact d’autrui.» –Katarzyna Szrodt, commissaire 
de l’exposition Polish Artists in Canada

Et si on plonge à notre tour dans la thématique de l’immigration, la commissaire sent-elle que cette dernière a eu un impact sur les œuvres créées? La 
perçoit-elle dans les thèmes, les coups de pinceau, les symboles représentés? «Non, non, non, répond-elle instantanément. C’est réellement de la peinture internationale. Selon moi, les arts visuels ne peuvent pas entreprendre un dialogue au sujet de l’immigration comme la littérature, et les mots, peuvent le faire. Les artistes perçoivent la réalité différemment.»

Reste que, s’ils ne le traduisent pas forcément ainsi, cette réalité aura souvent été complexe pour ces gens venus d’ailleurs. «On peut facilement s’imaginer à quel point il était difficile pour eux de vivre et de créer en arrivant au Canada. L’immigration est difficile. Mais l’immigration du talent l’est encore plus. Car le talent a besoin de réception, de compréhension. Le talent éclot quand il a des récepteurs. Ce n’est que là qu’il commence à exister.»

À la Galerie d’arts contemporains
2165, rue Crescent
Jusqu’à samedi

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