Chantal Lévesque/Métro Pierre Alexandre, cofondateur de Poulet neige et musicien

Depuis 2010, Poulet Neige propose sa fameuse liste de Noël. Une sélection d’albums de tous les genres choisis avec soin et offerts gratuitement, voilà! (Des dons sont suggérés.) Parmi les 88 œuvres disponibles cette année, vous pouvez en commander 1, 12, 22… Et le 25 décembre, toute cette musique vous sera livrée en version numérique directement dans votre boîte courriel. Joyeuses Fêtes! Pour l’occasion, le Poulet cofondateur Pierre Alexandre explique la conception, l’évolution et la meilleure façon de procéder pour participer à la tradition.

À part avoir un nom vraiment trop chouette, une multitude de fidèles et une réputation certaine, Poulet neige, c’est quoi, précisément? «C’est un peu dur de nous donner un titre précis, répond Pierre Alexandre, qui a cofondé la chose avec Barbara Finck-Beccafico. On est un peu une étiquette de disques, un peu une boîte de communication. On fait tout le temps des trucs par rapport à la musique. Comme gérer, pas vraiment officiellement, des bands.»

Mais une des réalisations les plus notables de l’ensemble, c’est, papapam, la liste de Noël. Un projet sur lequel PA et Barbara, épaulés par leur comparse Philippe Bourque, planchent pendant deux, trois mois, écoutant des albums soumis par des étiquettes de disques ou des artistes indépendants. «Certains sont connus, d’autres ont enregistré leurs chansons tout seuls; ils ne sont jamais bookés dans les festivals, et on ne les voit pas en spectacle.»

Les élus sont tous rassemblés sur un super site, à l’esthétique quétaine-chic chère au label-pas-juste-label. Cette année, on peut y voir des collages, signés Mary Elam, de poissons, de roses, de crânes de cristal, d’humains à tête de chat, en talons et en chic costume, qui bougent. (PA salue à ce sujet l’agence Folklore, qui «a pas mal aidé à développer le concept des animations».)

À la gauche de ces œuvres originales se trouve l’illustre liste, qui compte 88 albums, proposés pour écoute en ordre alphabétique. Vous cherchez un style précis? L’équipe suggère aussi de filtrer le tout par catégories : Chansons d’étudiants en musique, Intellectuellllllllll, Musique faite par du monde, Sans paroles, Un brin ridicule parfois, Sexe, drogue et champagne.

Champagne, oui.

Tel le conte de la nativité, vous avez dû raconter l’histoire de la naissance de la liste de Poulet neige moult et moult fois. Pouvez-vous tout de même revenir une petite fois de plus sur l’étincelle qui vous a poussé à la créer en 2010?
Au fond, c’était au début de la vague consistant à «lancer des albums gratuitement». On cherchait à être original. Je jouais dans un groupe punk à l’époque, qui s’appelait Ralf Wiggum. Pour sortir notre disque différemment, on a décidé de faire une liste de Noël, d’y inclure notre album et ceux de tous les artistes de l’étiquette Poulet neige. C’était très broche à foin, ça ne tenait pas ben ben, mais ç’a quand même marché, finalement. Au départ, la liste, c’était vraiment un «à-côté». Finalement, les gens ont vraiment plus d’intérêt pour ça que pour tout le reste de nos activités!

Justement, pourquoi les gens tripent-ils autant sur cette idée d’après vous?
Je ne sais pas exactement… Je pense que le public aime bien le concept un peu kitsch autour de la liste de Noël. Et les gens ont fini par nous faire confiance. Ils se disent que si on a choisi 88 albums et qu’on en a écouté plein d’autres, notre sélection en vaut la peine.

Vos critères de sélection, du reste, ont-ils changé au fil des années?
Hmm… C’est vraiment par rapport à l’enregistrement. Est-ce que ça sonne bien? Est-ce que c’est bien produit? Est-ce que c’est intéressant dans le genre? Sinon, ce n’est pas tant un critère qu’une tangente qu’on a prise sans trop s’en rendre compte: se tourner vers le québécois, le local, le francophone. Au début, on avait des groupes de Corée, d’Israël, d’un peu partout. Finalement, on s’est rendu compte qu’il y avait toujours quelque chose d’aussi bon qui se faisait au Québec dans un genre semblable. À nos yeux, c’est préférable de promouvoir la musique locale.

Est-ce que certains de ces artistes ont connu une montée de popularité grâce à vous?
Ça arrive tout le temps un peu, je dirais. Il y en a plusieurs qui me confient que ça les a aidés à rejoindre plus de gens, à faire écouter leur album, à booker d’autres spectacles, à être diffusés davantage. Parce que, chaque année, il y a des programmateurs de radio qui m’écrivent pour me demander de leur envoyer l’ensemble de la liste. Et je pense que ça profite aux groupes.

Cette fois-ci, ces groupes viennent de Chicoutimi, de Trois-Rivières, de Vancouver, quelques-uns de France, un de Toronto. Mais la plupart sont montréalais, non?
Beaucoup, oui. Mais on s’entend que les bands de Montréal, c’est souvent des bands qui ne viennent pas forcément de Montréal, mais qui y jamment. Ou qui se sont installés ici récemment.

Évaluez-vous la santé de la scène locale selon le nombre d’albums que vous recevez? Parvenez-vous à dresser un portrait global?
C’est sûr qu’on peut voir des changements stylistiques. Il n’y a pas tant de gros bands punk et rock ces temps-ci. Il y a beaucoup plus de groupes électros. Ça me semble être un phénomène international : tout le monde met de plus en plus d’électro dans sa musique. Sinon, un truc intéressant, c’est qu’on a écouté pas mal de groupes anglophones de Montréal qui sonnaient vraiment… différents. Plus avant-gardistes. J’ai l’impression que c’est parce qu’ils sont un peu moins liés au «réseau chanson». Admettons, si tu fais du francophone, il y a de grandes chances que tu participes aux Francouvertes, aux FrancoFolies… Mais on dirait que les artistes de la scène anglo sont détachés de ça et qu’ils font de la musique indie un peu plus DIY.

Parce qu’ils n’ont pas ce même parcours en vue, selon vous?
Ben oui, je crois. J’ai découvert des groupes anglos montréalais vraiment bons, suivis par genre 200 personnes sur Facebook. Je ne sais pas, on dirait que c’est plus underground. Vraiment.

Des exemples?
Oui! Look Vibrant! C’est assez surprenant. Landisles aussi. Et Brave Radar. Il y en a une couple, quand même.

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«Je pense que le public aime bien l’idée, le concept un peu kitsch autour de la liste de Noël. et les gens ont fini par nous faire confiance. Ils se disent que si on a choisi 88 albums et qu’on en a écouté plein d’autres, notre sélection en vaut la peine.» – Pierre Alexandre

Avez-vous songé à concocter une liste pour une autre fête?
On pensait au Noël des campeurs. Ça pourrait marcher. Mais ça perdrait un peu d’intérêt si on le faisait tout le temps. Et puis, ça nous occupe quand même pas mal. Je ne suis pas sûr qu’on voudrait faire ça à l’année.

En matière de «tradition incontournable», vous avez été comparés, entre autres, à Ciné-Cadeau. Est-ce le compliment ultime?
Ah oui? On a été comparés à Ciné-Cadeau? C’est don’ ben cool, ça! C’est un super compliment, c’est vraiment hot. C’est vrai que, nous aussi, on est une tradition un peu kitsch.

Vous revendiquez donc le côté kitsch de l’entreprise?
Oui! Longtemps, on a organisé un spectacle de Saint-Valentin-Poulet Neige, pendant lequel on a fait, entre autres, une reprise de Bryan Adams en français [Tout ce que je fais, je le fais pour toi, soit, bien sûr, Everything I Do, I Do It For You]. On fait souvent des niaiseries de même. Pour ce qui est de la liste, les animations sur la page sont un peu loufoques. On veut que ce soit absurde avec des collages qui bougent. Et le simple fait de dresser sa liste de Noël, déjà, c’est un peu ridicule.

Sûrement qu’en arrivant sur votre site, beaucoup de gens seront portés à cocher toutes les cases et à commander tous les albums. Est-ce une méthode que vous déconseillez vivement?
C’est sûr! C’est bien trop de disques! Ça va faire 88 albums d’un coup. Tu ne les écouteras pas. Moi, je pense qu’il faut prendre ceux qui t’intéressent vraiment. Cinq, six, dix, quinze. C’est plus logique. La deuxième et la troisième année, on proposait 140 albums. Tout le monde trouvait ça fou comme concept, mais c’était trop. Il y a plein de gens qui les avaient tous commandés et, finalement, ils n’ont jamais eu le temps de les écouter.

Avez-vous déjà été surpris par des artistes qui ont soumis leur album pour qu’il soit offert gratuitement sur la liste?
Souvent, oui! Entre autres par tous ceux qui viennent juste de lancer leur disque. Comme Yoko Fur, Wizaard, Technical Kidman… Je suis vraiment content. Au fil des années, il y a eu plusieurs trucs surprenants. Comme lorsque [l’étiquette] Bonsound nous avait offert les albums de Yann Perreau et de Champion! Cette fois, il y a un peu moins de gros noms. C’est vraiment plus des trucs semi-underground ou semi-émergents.

Semi-underground, semi-émergent, ça tombe plus dans vos cordes?
Moi, j’écoute vraiment de tout, mais c’est sûr que j’aime bien découvrir des artistes. J’ai tendance à sticker sur un, à écouter tous ses albums, puis à passer à un autre.

Le dernier comme ça que vous avez écouté en boucle?
Björk! J’ai été voir son expo [au DHC/ART] et je me suis mis à faire tourner tous ses disques. Avant ça, c’était Bruce Springsteen. En ce moment, c’est les Hay Babies. Le nouvel album est vraiment bon.

Sinon, aimez-vous la musique de Noël?
La musique de Noël? Non. Je n’en écoute pas ben ben. À part quand je vais à l’épicerie.

Vous n’avez pas UNE chanson qui fait fondre votre cœur?
Ah. Last Christmas. C’est vraiment une toune drôle et bonne. Mais à part ça, je ne sais pas. Toi, t’en écoutes-tu souvent?

Non, mais Last Christmas, c’est dangereusement accrocheur.
Oui! C’est vraiment meilleur que le reste!

La liste de Noël de Poulet Neige

listedenoel.ca
Commande possible jusqu’au 24 décembre à 23 h 59

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