Collaboration spéciale Une cinquantaine de jeunes décocheurs fréquentent l'école Félix-Antoine et espèrent suivre une formation professionnelle ou collégiale après leur échec dans l'enseignement régulier.

Alors qu’elle loue huit classes à la Commission scolaire de Montréal, l’école pour décrocheurs Félix-Antoine à Ahuntsic a du mal à faire face à l’augmentation de loyer décidée récemment. Elle pourrait mettre la clé sous la porte à court terme et la cinquantaine de jeunes qui la fréquentent se retrouveraient à la rue.

La hausse est de 8000$. Une somme énorme pour cet organisme dont le budget annuel dépasse à peine les 50 000$. «Notre financement vient exclusivement de dons, jusqu’à maintenant nous arrivions à payer notre loyer, maintenant nous ne pouvons plus acquitter la totalité», regrette Denyse Mayano, directrice de l’école.

Elle a lancé un appel au secours en adressant une pétition de plus de 4500 signatures à la députée de Crémazie, Marie Montpetit. «Madame Montpetit a accepté de déposer au nom de l’école Félix-Antoine, une pétition à l’Assemblée nationale ainsi qu’au ministre de l’Éducation, concernant leur financement», assure Danielle Baron, attachée politique de l’élue provinciale.

Elle indique que la loi actuelle ne permet pas le financement de la formation aux adultes dans le privé, puisqu’il existe une offre dans le réseau public.

Une réponse que Mme Mayano a reçu souvent depuis l’ouverture de son école en 1997. Elle considère toutefois que ce statut est injuste. «Notre école est quasiment gratuite pour les élèves», relève-t-elle.

En fait, les jeunes inscrits doivent payer des droits de scolarité de 25$ par an. «Parfois, ils donnent 5$ quand ils le peuvent et nous, nous payons quelquefois la passe d’autobus pour qu’ils puissent venir en classe.»

La direction et le personnel enseignant, constitué de professeurs et d’orthopédagogues à la retraite ou toujours actifs, sont bénévoles.

L’établissement détient un permis du ministère de l’Éducation depuis l’année 2004 et affiche un taux de réussite de 85%. Plus de 300 jeunes y ont suivi des cours depuis sa création.

Photo: Collaboration spéciale

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École de la dernière chance
«Nos élèves sont âgés et sont passés par l’école des adultes. Certains ont déjà un parcours dans le monde du travail, d’autres sont de jeunes parents, tous ont eu des difficultés d’apprentissage souvent conjuguées à des difficultés sociales», énumère Mme Mayano.

À 25 ans, Sara termine sa cinquième année secondaire. «J’ai atterri ici il y a trois ans avec un niveau de troisième secondaire», dit-elle.

Elle a quitté l’enseignement régulier à 16 ans avec des problèmes de consommation. Après un passage par l’école des adultes, c’est au Carrefour Jeunesse Emploi qu’elle a été orientée vers Félix-Antoine.

«Ici j’ai trouvé des gens qui ont répondu à mes besoins et m’ont aidé à surmonter mes difficultés», indique-t-elle. Alors qu’elle sait qu’elle achève avec succès son secondaire, elle espère suivre des cours en soins infirmiers l’année prochaine.

«Nos enseignants bénévoles font du sur mesure, observe Mme Mayano. Il y a les cours magistraux, mais beaucoup de travail se fait en petit groupe ou individuellement.»

Petersun, 22 ans, espère suivre une formation en carrosserie automobile l’année prochaine. «Je n’ai jamais lâché l’école, mais j’ai toujours eu beaucoup de problèmes à suivre les cours», raconte-t-il. Élève en classe de langage jusqu’à 16 ans, il est aussi passé par l’école des adultes avant de trouver sa planche de salut.

La pétition ne demande pas seulement de l’aide: son but est qu’on imagine une solution hors des sentiers battus. «Les responsables pourraient faire preuve de créativité pour nous aider et assurer la pérennité de cette l’école», espère Mme Mayano. Elle pense à un projet pilote ou une disposition exceptionnelle.

«Mme Montpetit a déjà fait des représentations concernant ce dossier auprès du ministre Sébastien Proulx, relève Mme Baron. Le ministère de l’Éducation étudie des avenues possibles pour répondre à leur demande de financement, dans le respect de la loi.»

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