En colère contre la centralisation des services imposée par Montréal, Luis Miranda, maire d’Anjou, évoque la possibilité de tenir un référendum sur la défusion de son arrondissement. Ça risque d’être beaucoup plus facile à dire qu’à faire, selon une experte en gestion municipale.

La semaine dernière, le conseil municipal a pris une décision qui fait essentiellement en sorte que la ville-centre aura désormais la responsabilité de tout le matériel roulant qui appartenait jusqu’à maintenant aux arrondissements, soit les camions, les souffleuses, les remorques, les voitures, et les tondeuses.

Cette décision représente le transfert de compétences de trop, selon le maire d’Anjou.

« Aujourd’hui, le matériel roulant, le mois prochain, la gestion des bâtiments et après ça, Anjou ne gèrera plus rien », avertit Luis Miranda.

Présentement, la Ville de Montréal prend en charge la collecte des ordures, le déneigement, la gestion des ressources humaines, la gestion des véhicules municipaux, le règlement sur les animaux dangereux et le stationnement. Autant de compétences qui autrefois appartenaient aux arrondissements.

«C’est encore de l’eau au moulin pour justifier que l’on sorte de Montréal.»
Luis Miranda

Cette centralisation des pouvoirs permet de faire des économies, selon Denis Coderre.

«On est en train de se donner une ville. La population me dit : « on veut de l’harmonie ». Est-ce qu’on a besoin de 19 politiques différentes ? Si en bout de ligne il y a des ajustements à faire, on le fera, mais depuis 3 ans, si les choses fonctionnent bien, c’est parce qu’il y a eu cette harmonisation», dit-il.

Une affirmation que réfute le maire d’Anjou : « On ne fait pas d’économies. Nous achetions déjà le matériel en regroupement. Cela ne va rien changer à ce niveau-là.» Pour lui, les réelles économies, sont dans la défusion.

Ce n’est pas l’avis de Danielle Pilette, professeure associée à l’UQAM, experte en gestion municipale et métropolitaine : « Pour défusionner, il faut une grande richesse foncière. Ce n’est pas le cas à Anjou. Malgré ses commerces et ses industries, Anjou ne pourra pas assumer les services qui, pour l’instant, sont payés par l’agglomération.»

Devenir ville liée c’est prendre soi-même en charge les services policiers, pompiers et la sécurité civile, l’évaluation foncière, l’élimination et le recyclage des matières résiduelles, le logement social, la cour municipale, les transports collectifs, l’alimentation en eau potable et l’assainissement des eaux, etc.

«À l’Est de l’île, seule Montréal-Est avait et a toujours les ressources nécessaires pour être défusionnée», affirme la professeure de l’UQAM.

Mais le Maire d’Anjou est convaincu que sortir de la Ville de Montréal permettra de sauver près de 30 M$ par an : « Si Anjou défusionne, nous estimons que nous devrons payer entre 55 et 60 millions de dollars pour les services de l’agglomération. C’est nettement moins que les 110 millions de dollars que nous versons actuellement à Montréal. »

Ces 110 M$ représentent l’ensemble de l’argent que la Ville centre perçoit via différentes taxes. Comme par exemple, les taxes payées par les propriétaires résidentiels, commerciaux et industriels de l’arrondissement d’Anjou, ou encore les amendes payées par les Angevins et l’argent des parcomètres.

Québec décide
Mais de toute façon, pour organiser un référendum sur une défusion, il faut que le gouvernement québécois l’accorde. Ce qui semble peu probable, selon Danielle Pilette : «Les arrondissements qui veulent défusionner aujourd’hui appartiennent à des comtés qui sont libéraux. Je ne pense donc pas qu’ils soient disposés à poser un référendum sur la table.»

Luis Miranda est conscient que ce n’est pas lui qui va pouvoir exiger que Québec reconnaisse la légitimité de cette démarche : « C’est aux citoyens de mettre la pression sur le gouvernement. À Anjou, les gens sont là. Il existe un comité indépendant de citoyens qui est en train de faire circuler une pétition pour réclamer un référendum. Ils en sont à des milliers de signatures. »

Pas sûr que cela soit suffisant pour faire bouger Québec. Surtout quand on sait que le gouvernement provincial vient de présenter le projet de loi 120 qui permettrait justement à Montréal de renouveler plus facilement les transferts de compétences.
En collaboration avec Laurence Houde-Roy

Fronde contre la loi 120
Plusieurs maires d’arrondissement ont réagi face à cette vague de centralisation. À moins d’un an de la prochaine élection municipale, certains ont évoqué le spectre de la défusion, à l’instar de Luis Miranda.

Le maire de l’Île-Bizard-Sainte-Geneviève condamne le transfert de la compétence du matériel roulant vers la ville-centre. «Je veux avoir la possibilité de garder le contrôle de mes équipements parce que je suis mal desservi par Montréal. On a des enjeux différents des quartiers centraux», explique Normand Marinacci.

La mairesse d’Outremont, Marie Cinq-Mars s’insurge également.
«Avant on s’occupait de refaire [nos] rues nous-mêmes. Ça prenait deux semaines pour un tronçon de rue. S’il y avait un retard, on pouvait expliquer pourquoi. Aujourd’hui, quand c’est la ville centre qui s’en occupe, ça prend 6 semaines et on ne peut plus répondre aux questions des citoyens.»

Le mécontentement est tout aussi vif du côté de LaSalle.
«J’ai mis ma face sur un poteau [lors de l’élection de 2005] pour dire aux citoyens qu’on a des avantages à rester avec Montréal, [que Québec] nous promet que les pouvoirs des arrondissements ne seraient pas touchées. Mais depuis 2013, c’est un morceau après l’autre qui part», dénonce Manon Barbe, la mairesse.
Mme Barbe dit avoir rencontré le ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, en juin, en vue de la négociation du statut de métropole. Elle dit avoir insisté pour qu’il respecte les engagements du gouvernement [lors des défusions] et ne limite pas les pouvoirs des arrondissements, «sinon, on va passer par un référendum, la décision va revenir aux citoyens».

Le Plateau-Mont-Royal et Rosemont s’insurgent eux-aussi, sans prôner la défusion
«M. Coderre n’a jamais fait un programme dans lequel il exprimait sa vision sur la centralisation» ajoute Luc Ferrandez.
(L.H-R.)

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