Au Québec, les gens de la génération X n’ont pas toujours eu la vie facile, mais il y a au moins un domaine où ils ont été clairement avantagés: ils n’ont payé que des pitances en matière de frais de scolarité universitaires, gracieuseté d’un gel prolongé… qui s’est traduit, en fait, par une baisse d’année en année.

Tout repose sur la notion de monnaie constante, c’est-à-dire d’un pouvoir d’achat qui demeure identique en tenant compte de l’inflation. Par exemple: avec une inflation qui oscille autour de 2%, ce qui vous coûtait 1$ en 2011 vous revient, en moyenne, à 1,02$ cette année. Par contre, si le prix affiché demeure à 1$, dans les faits, vous allez payer autour de 0,98$ en monnaie constante.

Prenez les garderies québécoises et leur tarif gelé à 7$. La personne qui paie 7$ cette année débourse moins, en monnaie constante, que celle qui a payé apparemment le même montant l’an dernier. Si on voulait effectivement maintenir constante cette valeur, il faudrait toujours l’indexer à l’inflation courante: à 2%, on passerait ainsi à 7,14$, puis à 7,30$ et ainsi de suite. S’agirait-il d’une hausse? Non! On ne ferait que maintenir un tarif constant dans le temps.

Si les prix n’avaient pas bougé depuis 25 ans, une petite voiture coûterait encore 5 000$, un billet de métro 0,90$, une entrée au cinéma 4$… mais les salaires, eux, seraient également de deux à trois fois moins élevés. En 1985, au Québec, le salaire minimum était de 4,35$, contre 9,90$ à compter du premier mai prochain. Il n’a pas réellement augmenté… il s’est à peine maintenu en monnaie constante.

Revenons aux frais de scolarité universitaire québécois. Une étude de la Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec (CREPUQ) montre bien à quel point ils n’ont pas cessé de décliner en monnaie constante. En 1968-69, ils étaient de 547$ pour un an. Ont suivi 21 années pendant lesquels ces frais n’ont pas bougé. Mais l’inflation, elle, a fait des ravages, particulièrement au début des années 1980 où elle a atteint 15%. En monnaie constante, au fil du temps, ces 547$ ont donc fondu, au point où l’étudiant universitaire ne payait plus réellement que 137$ en 1989-90!

Autrement dit, les baby-boomers du temps de la Révolution tranquille ont payé bien plus cher pour leurs études que les gens de la Génération X des années 1980 qui ont eu droit à un incroyable rabais… mais aussi, il faut bien le dire, dans le cadre d’un marché du travail plus difficile à percer.

Au début des années 1990, les frais ont été brièvement dégelés, pour être de nouveau immobilisés en 1994 jusqu’en 2007. Le même manège s’est donc répété. En monnaie cons­tante, la facture de 2006-2007 était deux fois moins élevée qu’en 1968-1969. Et qu’on ne vienne pas évoquer les autres tarifs indirects qui ont alourdi le total. Il y en a toujours eu.

Aujourd’hui? Le dégel survenu en 2007 (50$ par semestre) a progressivement hissé les frais vers le niveau de 1968, mais on était loin de les rejoindre. Les nouvelles hausses décrétées par le gouvernement Charest devraient accélérer le rattrapage. Est-ce qu’on finira même par franchir le seuil de ces fameux 547$ de 1968? Encore une fois, tout va dépendre de l’infla­tion qui va sévir au cours des prochaines années. En tout cas, on devrait s’en rapprocher.

Mais tout le débat acrimonieux que nous vivons ne serait peut-être jamais arrivé si les gouvernements québécois qui se sont succédé avaient été assez courageux, ou assez avisés, pour ajuster les frais universitaires d’année en année pour simplement en maintenir le coût réel…

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