Je me rappelle mon premier été à Montréal comme si c’était hier: l’été de la délivrance. L’été où j’ai trouvé mon premier emploi dans ma patrie d’accueil, après une traversée du désert, le lot de tout nouvel arrivant.

Cet été-là, j’ai été convié à mon premier mariage sur ma nouvelle terre d’accueil. On a ainsi célébré l’union de deux de mes amis, une Québécoise d’origine algérienne et un Québécois d’origine marocaine.

La fête a eu lieu au Soleil de Marrakech, un restaurant marocain sur le boulevard Décarie, non loin du métro Snowdon. Cette nuit-là, on a célébré les tourtereaux dans un mélange d’us et coutumes algéro-marocains et occidentaux. On s’est amusé jusqu’à l’aube.

Ce mariage a été digne de ces métissages des cultures que j’ai découverts à Montréal avec ses festivals colorés et ses habitants issus des quatre coins de notre planète.

Je flânais à satiété, parcourant ainsi à pied les grandes artères de ma ville d’adoption, d’est en ouest et du nord au sud, pour m’approprier mon île d’adoption métissée.

J’étais ébloui par cette légèreté nocturne typiquement montréalaise avec ses terrasses surpeuplées où des quidams s’amusaient à tue-tête. Ils transpiraient la joie. J’ai aussitôt adhéré à ce brassage des cultures enivrant. Ma ville d’adoption respirait la paix, la quiétude et le bonheur.

C’était avant ma longue plongée dans les tranchées de l’immigration comme, tour à tour, conseiller, conférencier et chroniqueur, portant un intérêt particulier aux questions de la gestion de la diversité et du monde arabo-musulman.

Une traversée houleuse au milieu de vagues surdimensionnées, allant de la saga d’Hérouxville, en passant par le débat sur les accommodements raisonnables et sa commission Bouchard-Taylor, jusqu’aux tumultes de la charte des valeurs dites québécoises.

Presque une décennie et demie après mon premier été radieux qui célébrait le brassage des cultures dans tout ce qu’il a de beau, que reste-t-il de ce Montréal qui cultive la diversité en silence?

Beaucoup d’encre coule au sujet de la sous-représentation des minorités visibles – surtout chez l’élite de notre société, notamment dans ses lieux de décisions à Montréal. Bien que ce constat soit discuté en long et en large, pourquoi ne sommes-nous pas capables collectivement de trouver un terrain d’entente digne de notre réalité?

Hélas, avec le temps, un climat délétère semble s’installer insidieusement entre ceux qui dénoncent la «discrimination systémique» de nos minorités visibles et ceux qui allèguent qu’on «en fait trop» pour elles. Jusqu’où cela nous mènera-t-il?

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