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Après 10 ans de débats stériles sur la laïcité au Québec, non seulement une grande partie de la majorité francophone ne se sent plus écoutée, mais aussi un nombre grandissant de la minorité musulmane ne se sent plus chez lui!

Avec la montée du terrorisme qui se réclame d’une vision tronquée de l’islam, la majorité francophone du Québec, celle qui a légué l’Église aux calendes grecques, se sent de plus en plus offensée par cet «étalement religieux» d’une frange de la minorité musulmane du Québec.

Cette crainte aurait dû être traitée avec diligence par nos politiques. Malheureusement, si certains parmi eux (Parti québécois et Coalition avenir Québec) attisent ces craintes, d’autres (Parti libéral du Québec) font la sourde oreille. Or, on oublie que ces Québécois qui expriment leur peur grandissante de l’islam sont aussi le propriétaire d’un logement à louer, le recruteur ou le superviseur des employeurs. D’où la discrimination systémique que subit la minorité musulmane du Québec pour dénicher un logement, un emploi ou même pour percer ce plafond de verre qui bloque leur accès aux postes stratégiques.

Une frange de ces Québécois en colère commence même par s’unir au sein d’organisations ouvertement hostiles aux musulmans qui émergent petit à petit, comme l’aile québécoise du mouvement Pegida ou des groupes d’extrême droite, comme Atalante Québec et La Bannière noire, qui étalent publiquement leur idéologie haineuse envers l’islam. Et, ce qui devait arriver arriva, le Front national du Québec s’apprête à devenir officiellement un parti politique. Son programme veut, entre autres, mettre fin aux accommodements raisonnables et détruire les mosquées.

Quant à la minorité musulmane du Québec, le plus inquiétant, c’est le malaise identitaire ressenti par une partie de la jeunesse qui a grandi dans un climat hostile. Car, il faut être aveugle pour ne pas être sensible au traumatisme subit par la communauté musulmane d’ici constamment montrée du doigt depuis 10 ans. La peur et la haine envers cet Occident se cristallisent ainsi dans une frange de sa jeunesse sous l’influence d’imams incendiaires, surtout sur l’internet, et/ou de parents, qui méprisent le devoir de respecter les valeurs de la société d’accueil et son hospitalité ou qui ignorent ce que devrait être un musulman en Occident.

Au Québec, dans une quête de sens mal encadrée, une vingtaine de cas de jeunes scolarisés issus de bonnes familles musulmanes ont été tentés par la folie du terrorisme, comme en témoigne la saga du Collège Maisonneuve. Cette aliénation frappe aussi de jeunes Québécoises musulmanes qui trouvent un certain réconfort dans l’islamisme radical.

Certes, les groupes d’extrême droite et les jeunes musulmans tentés par le terrorisme sont des marginaux pour le moment au Québec, mais si nos politiques maintiennent le statu quo sur les questions sensibles d’accommodements raisonnables et de la neutralité de l’État, le pire est à venir.

Au Québec, l’apaisement des craintes de la majorité francophone ainsi que l’inclusion de la minorité musulmane dans le respect de ses valeurs et de celles de sa société d’accueil passent par une laïcité éclairée et juste, dans la lignée des recommandations de Bouchard-Taylor.

Pour lire la première partie de ce billet: Laïcité: cessons de diviser le Québec (1re partie)

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