Jacques Boissinot Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

L’annonce d’une véritable enquête publique sur les relations entre les services publics et les Autochtones a eu l’effet d’un gros cadeau-surprise du père Noël, trois jours avant Noël.

Une surprise, car, il y a un mois, notre premier ministre, Philippe Couillard, ne donnait pas l’impression d’aller jusqu’au bout dans cette affaire. Après avoir montré une forme d’ouverture sur cette question, il a écarté l’idée d’une commission d’enquête sur les femmes autochtones et les relations entre Autochtones et corps policiers.

Et ce n’est pas seulement la tergiversation du gouvernement qui a compliqué ce dossier. Plus d’un an après le reportage troublant d’Enquête de Radio-Canada sur des femmes autochtones qui seraient à la merci de certains policiers de la Sûreté du Québec (SQ) de Val-d’Or, le public a été soumis récemment à une pression supplémentaire avec le reportage de J.E. à TVA qui a donné la parole aux policiers de Val-d’Or. On est rapidement tombé dans la trappe d’un jeu médiatique de «qui dit vrai» dans cette affaire.

Or, au-delà du débat strictement juridique concernant ses accusations, le mal qui s’abat sur les femmes autochtones relève notamment de l’existence d’un racisme systémique et de pratiques discriminatoires au sein des forces de l’ordre, comme l’a affirmé l’avocate Fannie La Fontaine, l’observatrice civile indépendante nommée par Québec pour évaluer l’intégrité et l’impartialité de l’enquête du SPVM sur les policiers de Val-d’Or.

On ne le répétera jamais assez, le drame qui accable les femmes autochtones est documenté et les médias en font l’écho. Ces femmes affichent des taux anormalement supérieurs à celui du reste de la population en ce qui concerne les disparitions, les assassinats, la grossesse chez les adolescentes et le nombre de familles monoparentales dirigées par des femmes. Et ce mal est encore plus profond, car il dépasse la situation des femmes. À titre d’exemple, selon une récente enquête de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, les itinérants autochtones de Val-d’Or sont victimes de profilage racial et social, voire de racisme.

Pire encore, il y a presque un an, Radio-Canada a révélé que 25,4% des détenus dans les centres de détention fédéraux sont des Autochtones, alors qu’ils représentent moins de 5% de la population totale du pays. Et leur proportion n’a cessé de croître au cours des vingt dernières années.

Dans ce dossier des Autochtones, les experts en la matière sont presque unanimes pour clamer haut et fort de nommer les choses pour ce qu’ils sont afin de construire les bases d’une société juste et équitable. Une commission publique dans un esprit de collaboration, loin d’une chasse stérile aux sorcières, est la meilleure solution.

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