AP/Andrew Medichini Le président tunisien Moncef Marzouki

En Tunisie, après le printemps, il y a eu le jackpot électoral des islamistes, suivi de leur opération de transformation extrême, qui a calmé les sceptiques et rassuré les laïcs. Hélas, les masques semblent être tombés la semaine dernière!

En effet, même majoritaire, le parti islamiste modéré Ennahda, sous la houlette de Rached Ghannouchi, son chef charismatique de retour de son exil londonien, a offert la présidence à Monsef Marzouki, un laïc notoire et militant des droits de l’homme. Le parti a aussi exclu l’inscription de la charia dans la Constitution tunisienne et a accusé les salafistes d’être un danger pour les libertés publiques en Tunisie.

Alors que le monde a commencé à croire une possible cohabitation entre les laïcs et les islamistes, voilà qu’une controverse éclate au grand jour. Deux vidéos ont créé un buzz monstre dans les médias tunisiens et arabes. Elles mettent en scène Rached Ghannouchi et ce qui semble être son côté sombre; la vraie stratégie des islamistes «modérés» pour conquérir le pouvoir absolu en Tunisie!

Dans la première vidéo, le chef d’Ennahda s’adresse dans son bureau à des militants salafistes.

Dans la deuxième, il parle au téléphone à un imam salafiste.

En gros, selon les dires de Rached Ghannouchi, les temps ne sont pas favorables à une islamisation en accéléré de la Tunisie, car les laïcs contrôlent les rouages de l’État et de la presse. Attaquer de front ceux-ci nuirait à l’islamisation méthodique et espérée de la société tunisienne. Mot d’ordre préconisé: la patience.

Autrement dit, attendre des jours plus cléments pour détenir véritablement le pouvoir. Pour ce faire, le chef d’Ennahda a encouragé ses interlocuteurs à répandre, tout d’abord, une culture islamique dans le peuple. Cette conquête du terrain devrait se concrétiser par le biais des associations de quartiers, des écoles privées, des médias et de l’engagement dans l’arène politique.

Pour convaincre les salafistes, Ghannouchi s’est basé sur l’exemple algérien. Chez leurs voisins, précise-t-il, le peuple est plus islamisé qu’en Tunisie. Pourtant, on a réussi à faire avorter la victoire du Front islamique du salut (FIS) aux élections de 1991 pour les évincer du pouvoir. Il ne faut pas commettre la même erreur!

Après le battage de la première vidéo, des députés de l’opposition ont réclamé la dissolution du parti islamiste Ennahda en raison de son double discours.

De son côté, le chef d’Ennahda ne s’est pas défilé. Tout en arguant que les laïcs modérés sont ses alliés au sein de la coalition du gouvernement, dominée par son parti, il s’est justifié jeudi soir à la télévision nationale. Il a inscrit son discours dans le cadre d’un appel à la sagesse et à la raison. Il a assuré aussi avoir voulu convaincre les jeunes salafistes de respecter la loi et qu’en fait, dans ses propos, il faisait allusion aux laïcs extrémistes qui poussent le pays à la confrontation. Des opposants qu’il ne faut pas sous-estimer, selon lui.

En tout cas, les deux vidéos ont eu l’effet d’une bombe au sein de la classe politique et des médias tunisiens et partout dans les pays arabes. Semant, du coup, un climat de suspicion qui risque d’exacerber les tensions et nuire encore plus à la reconstruction déjà laborieuse de ce pays meurtri par une vingtaine d’années de despotisme et deux autres années d’instabilité calamiteuse. À suivre!

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