Maya Alleruzzo/AP Mohammed Morsi

Le président égyptien, Mohamed Morsi, suscite un buzz médiatique. Pas seulement à cause de son décret qui lui a conféré des pouvoirs quasi absolus, mais aussi parce qu’il a fait la couverture du Time avec le titre envieux de «l’homme le plus important du Moyen-Orient».

L’histoire de Mohamed Morsi est hallucinante. D’illustre inconnu, en janvier dernier, il est devenu l’un des hommes les plus connus dans la région et dans le monde.

En dix mois, il a démontré un doigté insoupçonné en gagnant les élections présidentielles  – alors qu’il n’était même pas le favori des Frères musulmans –, en retournant sans incident dans sa caserne l’inamovible armée égyptienne qui avait la main mise sur le pays depuis presque 60 ans et en réussissant à imposer un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas.

Du coup, il a été salué comme un artisan de la paix par les États-Unis et Israël, comme un sauveur par les Palestiniens et un homme d’État par une grande partie du monde arabe.

Toutefois, Morsi a déclenché une vague d’indignation chez une frange non négligeable de son propre pays. Des dizaines de milliers de personnes occupent la place Tahrir au Caire pour le dénoncer. Des laïcs, des libéraux et des juges égyptiens l’accusent d’être un tyran. Mohamed El Baradei, prix Nobel de la paix, homme politique libéral et l’un de ses opposants les plus farouches, l’a même comparé à un «nouveau pharaon». Morsi a réussi l’impossible selon ses détracteurs: il a uni l’opposition! C’est la blague la plus populaire en Égypte ces jours-ci.

Mais Morsi ne croise pas les bras. Après son décret du 22 novembre, il a accéléré le processus de préparation du projet de constitution et a prononcé un discours la fin de semaine dernière pour annoncer l’organisation d’un référendum pour adopter sa future constitution le 15 décembre prochain.

Quant aux accusations de ses opposants, Morsi se défend. Il affirme mener une lutte contre les vestiges du régime Moubarak, incarnés par les chaînes satellitaires privées qui sont à la solde de l’ancien régime et par les 19 juges de la cour constitutionnelle qui ont été désignés par le président déchu Moubarak.

Il se vante aussi du fait que sa proposition de la déclaration constitutionnelle a été faite par un président démocratiquement élu et a été rédigée par une assemblée constituante elle-même démocratiquement élue.

Que ce soit dans son interview au Time ou lors de son récent discours, Mohamed Morsi ne cesse de répéter qu’il tient mordicus à de véritables libertés d’expression et de conscience et à l’alternance au pouvoir. Il a déclaré être garant de la liberté, de la démocratie et de la justice sociale. Il se félicitent aussi des sondages qui indiquent qu’il possède un indéfectible soutien de plus de 80% de ses concitoyens.

Qu’on soit pour ou contre Mohamed Morsi, il faut reconnaître que sa tâche est colossale. Il navigue dans certaines des eaux les plus troubles du monde politique de la planète. Il est tenu de jouer un rôle démesuré dans une perspective de paix durable avec Israël et dans un Moyen-Orient où les enjeux sont parmi les plus élevés du monde et où l’équilibre des forces est particulièrement difficile à atteindre.

  • À lire deux article du Time : 

Morsi’s Moment 

An Interview with Egyptian President Mohamed Morsi: ‘We’re Learning How to Be Free’

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