Dimanche, la France va élire son nouveau président. Quel que soit l’«heureux» élu du peuple, sa tâche sera ardue!

Les sondages prédisent qu’Hollande va écraser son adversaire. On verra! Certes, le candidat socialiste apportera un vent de fraîcheur après les années Sarkozy, synonymes de bling-bling, d’hyperactivité et de pugilat. N’empêche, Hollande aura-t-il une marge de manœuvre suffisante pour appliquer
à la lettre ses propositions? Telle est la vraie question.

Au lendemain de cette présidentielle, celui qui va s’installer à l’Élysée pour les cinq prochaines années fera face à une réalité amère. Pour reprendre une parabole de chez nous, il saura qu’il n’a pas les deux mains sur le volant et qu’il devra diriger son pays avec autrui.

Car lundi, l’élu devra parler tour à tour avec Angela Merkel, la chancelière allemande, David Cameron, le PM anglais, Mario Draghi, le président de la Banque centrale européen-ne, Christine Lagarde, la patronne du FMI, et Jim Yong Kim, le tout nouveau grand patron de la Banque mondiale.

Après sa tournée téléphonique, le locataire de l’Élysée fera face à des chiffres qui fâchent. En France, le nombre de chômeurs avoisine les 3 millions. La dette dépasse les 1 600 G€. Les intérêts payés sur cette dette grugent annuellement 42 G€, ce qui est presque le budget du Québec. Pire, pour assouvir ses besoins de financement annuels, la France doit piger 180 G€ dans les marchés financiers internationaux. À sa première journée au bureau, l’élu verra sa marge de manœuvre rétrécir comme peau de chagrin.

Alors, pour faire tourner la machine économique du pays, le nouveau locataire de l’Élysée doit faire très attention avant d’ouvrir la bouche. Sinon, les marchés financiers s’enflammeront. Le système financier international étant ce qu’il est aujourd’hui, tous les pays endettés du monde ont une épée de Damoclès au-dessus de la tête : la cote de crédit.

Le président qui ne s’ap-pliquera pas à maîtriser les dépenses publiques, notamment en faisant des coupes en règle dans la fonction publique et en maintenant la réforme des régimes de retraite, risque une décote des agences de crédit. Impuissant, il assistera alors à l’affolement de son tableau de bord.

Certes, on parle de plus en plus de la nécessité d’un plan de croissance à la Marshall pour relancer l’économie européenne. N’empêche, ce plan sera adossé à un pacte de rigueur qui balise le retour à l’équilibre des finances publiques afin d’éviter les faillites comme celles de l’Espagne, de la Grèce, du Portugal et de l’Irlande.

Certains plaident pour qu’on change les paradigmes du capitalisme barbare, car une autre mondialisation est possible. Oui, c’est vrai, dans un monde idéal. Mais la France n’est plus maîtresse de sa destinée. Ses politiques seront scrutées par l’Allemagne et l’Angleterre, ses puissants voisins dirigés par la droite.

La France n’est pas une exception. Face à la crise tentaculaire qui sévit dans une mondialisation injuste, les États n’ont plus les mains libres pour décider ce qu’ils veulent. Tout gouvernement endetté, qu’il soit socialiste ou libéral, dirigera son pays
à droite jusqu’à nouvel ordre. Bienvenue à «Sarkollande»!

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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