Comment peut-on croire que la jeunesse d’un pays pauvre, ravagé par la guerre et qui a subi cinq ans d’un des régimes les plus rétrogrades de la planète, puisse s’adonner au culturisme et aux stéroïdes? Pourtant, au pays des talibans et des mollahs, il y a beaucoup d’adeptes du culturisme. Comme la jeunesse partout au monde, les jeunes Afghans ont envie d’avoir un beau corps, musclé.

Même sous le régime taliban, quelques salles, aux équipements vieillissants, accueillaient des pratiquants. Le culturisme était toléré. Certains talibans étaient même des clients assidus. À l’époque, il suffisait de respecter un code vestimentaire. Autrement dit, obligation de porter un pantalon de survêtement, de ne pas raser ni barbe ni cheveux, de ne pas s’entrainer au son de la musique, de ne pas afficher des affiches aux murs et surtout de fermer la salle pendant les heures de prière.

Depuis le renversement des talibans, fin 2001, les salles se sont multipliées et les jeunes ont pu à nouveau aller au cinéma, écouter de la musique, etc. Selon ce que rapportent les rares médias occidentaux, la plupart de ses salles sont des bâtisses en tôle ondulée avec un intérieur sombre, sans fenêtre, occasionnant une forte odeur de sueur qui se dégage de l’endroit. Mais depuis 2002, des salles aux équipements modernes se sont multipliées, surtout à Kaboul.

En gros, on compte quelque 200 salles à Kaboul et dans le reste du pays. Déjà en 2002, les reportages de journalistes étrangers ont décrit des salles de musculation ouvertes dès 6 heures le matin et qui restent ouvertes jusqu’à 21 heures. Parait-il, ces salles sont prises d’assaut par des jeunes de 17 à 20 ans, adeptes de culturisme.

On le voit dans un reportage vidéo de l’AFP: fini la barbe et le code vestimentaire. On y voit une jeunesse kaboulie avec coupe de cheveux gominés, tee-shirts moulants pour mettre en valeur leurs muscles. Ils veulent désormais ressembler aux héros d’Hollywood comme Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger et leur équivalent indien de Bollywood comme Salman Khan.

Comme ailleurs dans le monde, pour se doter d’un corps qui ressemble à celui des vedettes du culturisme, les poids et haltères ne suffisent pas toujours et le marché des stéroïdes et autres produits dopants s’est développé parallèlement aux salles. Sous couvert de l’anonymat, certains culturistes de Kaboul avouent s’adonner aux stéroïdes. Ils admettent consommer des anabolisants qu’ils se procurent facilement.

Selon les témoignages de culturistes rapportés par les médias étrangers, il suffit d’aller dans une pharmacie et dire qu’on a besoin de développer ses muscles pour être gavé. Selon le reportage de l’AFP, dans certains supermarchés fréquentés par les Occidentaux ou les Afghans aisés, on trouve divers compléments alimentaires, vraisemblablement destinés à la clientèle des salariés des sociétés paramilitaires privées, qui sont friands de musculation.

Cette utilisation croissante des stéroïdes inquiète les responsables des instances sportives et ex-culturistes. Deux responsables ont fait part de leur inquiétude à l’AFP l’automne dernier. Bawar Hotak, président de la Fédération de culturisme et ancien champion de la discipline, a admis le danger pour la santé des produits dopants et affirme être grandement inquiet à ce sujet, parce que c’est une tendance en hausse chez les jeunes athlètes. Mujeeb Ul Rahman Rahmani, porte-parole du Comité national olympique afghan a assuré, quant à lui, qu’une campagne à ce sujet allait être lancée.

Le reportage de l’AFP:

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