J’adore les musiciens dans le métro. Peu importe leur degré de talent. Je n’ai jamais nourri le fantasme du sauveur qui tombera sur un «clodo» virtuose, un génie à qui il donnera un bain et à qui il offrira le violon de son grand-père mort pour le booker à l’OSM. Non. Me suffit simplement de voir et d’entendre ces musiciens sans prétention accompagner mes pas souterrains. C’est un acte noble et généreux, je les en remercie.

C’est aux antipodes d’un Robert Charlebois qui chante Ordinaire en faisant aller sa langue brune dans un banquet de Paul Desmarais à Sagard devant les pires crapules occidentales.

Les parents qui ont l’ardent désir d’offrir un public à leurs enfants, c’est dans le métro qu’ils devraient les envoyer. Surtout pas à La Voix Junior. Ouais, j’ai écouté cette émission complètement amorale. Et mon petit cœur de pomme est passé de compote à rouge de colère.

T’as sept ans. Tu chantes pour le plaisir comme les autres jouent au hockey bottine dans la ruelle. Tu demandes rien de plus. Mais papa pis maman vont t’inscrire à un concours national et télévisé pour t’enseigner la jalousie, le rejet, les rêves brisés, le star system, l’envie, le carriérisme, le narcissisme et la compétitivité malsaine. Toutes des valeurs qui tuent l’âme humaine et t’éloignent de l’art pour que tu reproduises le cycle avec tes propres enfants qui, eux aussi, n’auront rien demandé. Enfants et show business n’ont jamais fait bon ménage. Parlez-en à Macaulay Culkin, celui qui a joué dans Maman, j’ai raté ma vie.

Mais les enfants sont bien entourés, non? Ciboire. Les vedettes qui animent ce cloaque télévisuel forment un dream team de la pop-médiocrité. La langue des trois coachs est un tapis rouge qui se déroule pour que des promesses drapées d’esbroufe s’y pavanent. «Je suis devant le prochain grand phénomène de la chanson québécoise», lance un des coachs à… une fillette de huit ans! «Je vais te suivre toute ta vie!» Puis un autre, à la même fillette : «Tu as l’âme pour chanter ce grand texte de peine d’amour là.»

Des adultes ratés qui jouent au show business avec des petits enfants innocents, entre deux pubs de «pisse» en bouteille Nestlé «pour les bonnes mères» et de gros chars polluants «pour les bons pères».

Un enfant, c’est comme un sac de papier brun vide : il va devenir ce qu’on va mettre dedans. Cette émission forme ces petits esprits à être des produits performants. Et ces enfants-là deviennent des marchandises qui doivent se vendre pour que trois niaiseux amovibles les achètent. On les moule en objets de consommation qui servent quelques mois avant d’être jetés à la poubelle par les mêmes producteurs qui les auront divinisés.

La Voix Junior est une machine bien huilée qui tue l’émancipation artistique pour installer l’aliénation du vedettariat. Tout ceux et celles qui regardent, créent, produisent et animent

La Voix Junior, allez donc faire un tour dans le métro pour vous retourner devant les musiciens!

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