Crédit photo: Rodrigo Gutierrez Stéphanie Deslauriers

Stéphanie Deslauriers est auteure et psychoéducatrice, ainsi que belle-maman d’un garçon de neuf ans. Elle est collaboratrice à Format Familial. Sa publication est très touchante et nous avons décidé de la publier ici avec son autorisation.

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Le 23 août dernier, j’ai arrêté de croire.

J’ai jamais été une grande croyante, r’marque ben. Dieu, Jésus, ses p’tits amis pis leur dernier diner en gang, très peu pour moi.

Je croyais en la Vie, par exemple. Aux signes, aux « rien n’arrive pour rien » dans le sens où on arrive toujours à tirer nous-mêmes nos propres apprentissages de ce qui nous arrive. Que la vie, ça peut pas être juste de la marde. En la force de l’Amour, oui, oui, avec un grand A – l’amour romantique, amical, familial, celui qui fait qu’on aime pour qui l’autre est et qui fait qu’on se fait aimer pour qui on est. Je croyais aux efforts qui mènent systématiquement aux résultats. Au mérite. Aux rêves qui sont grands, beaux, forts, qu’on peut atteindre à force d’espoir, de travail et d’un peu de chance, quand même. Je croyais en la chance. Que j’étais chanceuse. Que je pourrais tout réussir, dans la vie, avec ces ingrédients-là.

Le 23 août dernier, quand la gynécologue a soufflé : « J’ai des mauvaises nouvelles » pendant l’échographie alors que je fixais l’écran devant mes yeux tellement fort, dans l’espoir de te voir apparaitre, j’ai arrêté de croire. Y’a une partie de moi qui est restée sur le p’tit papier qui fait « crounch crounch » quand on bouge, sur la chaise en cuirette aux étriers.

Y’a moi pis mes croyances, qui sont restés dans cette salle aux lumières tamisées, pour permettre aux futurs parents de mieux voir leur progéniture en développement sur l’écran où moi, je n’ai rien vu. Dans ce local de l’hôpital où, comme ça, une autre gynécologue est rentrée pour regarder la prescription que me faisait « ma » gynécologue. Qui a même eu l’audace de flasher ses connaissances : « Ah! Moi, tu vois, je donne 4 comprimés à prendre aux 12h, pour que le fœtus sorte », qu’elle a dit, sans un regard pour moi et mon chum. Et puis, elle est ressortie comme elle était arrivée. Comme la mauvaise nouvelle nous était tombée dessus. Comme ça, en deux secondes.

Deux secondes, c’est court. Un, deux. C’est fini. Mais deux secondes, ça peut être interminable, aussi. Un, deux. Un, deux. Un, deux. Sur repeat. Depuis le 23 août.

C’est pas que j’veux pas, hen. C’est pas que j’ai pas d’outils, dans vie, pour passer au travers des épreuves. C’est pas que j’ai pas d’amis, pas de famille, pas de chum qui m’aiment tellement fort que souvent, j’peux même pas y croire. C’est pas que j’suis masochiste (à moins que…). C’est pas que j’suis faible. C’est pas que j’suis pas bonne, pas fine, que je mérite pas de ben aller. Que je me botte pas le derrière. Je me botte le derrière à chaque seconde. Un. Un. Un. Un. Un.

Sur repeat.

C’est que, ce deux secondes-là, elles ont influencé toute ma vie. Toute celle que je m’étais imaginée. La bedaine que je n’aurai pas eue. L’accouchement que je n’aurai pas. Les bébelles de bébé que j’ai retourné, avec, pour raison quand la caissière m’en a demandé une pour ses p’tits papiers : « J’ai perdu mon bébé ». Le bébé que je ne serrerai jamais dans mes bras, contre mon sein pour le nourrir, en gossant du monde au centre d’achats parce que tsé, hey toé chose, couvre-toi, franchement.

Mon bébé que je ne verrai jamais apprendre à faire ses nuits, ramper, marcher, parler, apprendre à faire caca dans le pot puis, dans la toilette. Mon bébé que j’irai porter à la garderie le cœur gros, en pleurant en cachette dans mon auto, avec mon chum aussi papa gâteau que moi. Mon bébé devenu enfant à qui je répéterai de se laver les mains, après son p’tit caca dans la toilette qu’il a oublié de flusher, soit dit en passant.

Notre enfant, le petit frère de Poulet, l’agrandissement de notre famille recomposée.

Aujourd’hui, tu aurais dû naitre, Daphné. Mais ça arrivera pas.

C’est dur, faire le deuil du vide. Et ça gruge l’espoir. Veille sur ta maman orpheline, OK? C’est qu’elle a le cœur pas mal scrap depuis que t’es partie.

Je t’aime.

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