Il est 16 h 30 à l’arrêt situé à  l’intersection de l’avenue du Mont-Royal et de la rue Saint-Denis, la ligne d’autobus 97, direction ouest. Il porte un béret, une écharpe moelleuse et un élégant manteau de laine gris. Il n’a plus beaucoup de dents ce qui n’empêche en rien qu’il soit totalement charmant. Il a certainement plus de 80 ans.

Nous attendons l’autobus dans la fraîcheur de l’après-midi. On sent que le jour s’échappera plus tôt qu’au cours des derniers mois. C’est le lot de novembre avec ses odeurs de feuilles mouillées et de neige imminente.

La buée qui émane de nous marque nos expirations. Je me frotte les mains et, devant le temps que met l’autobus à arriver, sors de mon sac mon téléphone tellement intelligent. Cet appareil m’est devenu aussi indispensable qu’un rein. Je réalise à quel point j’y suis greffée. Notez ici que ce n’est pas lui qui soit greffé à moi, mais bien le contraire. Je sais. C’est inquiétant.

Je fais donc appel à mon frère siamois pour appeler la ligne a-u-t-o-b-u-s afin de connaître l’heure du prochain passage. Je constate que mon calme voisin, lui, tend le cou de temps à autre pour regarder au loin, question de voir l’autobus apparaître le jour où il daignera se pointer.

Je compose et m’éloigne un peu du bruit de la rue pour finalement carrément lui tourner le dos. J’appuie sur le 1 pour le français. Sur le 2 pour connaître les horaires, le 3 pour savoir si finalement je ne devrais pas me résoudre à m’acheter un char!

Je suis finalement sur le point d’obtenir la prédiction du prochain passage quand ma joue accroche malencontreusement la touche «raccrocher» sur l’écran tactile de ma seconde moitié. Je soupire d’impatience. Un jet de buée digne d’un dragon de mauvaise humeur s’échappe de ma bouche et de mes narines. Toujours dos à l’avenue, je reprends l’interminable ritournelle numérique. Soudain, une voix douce se fait entendre: «Pardon mademoiselle, mais l’autobus est là.» Je m’achemine, reconnaissante, vers le véhicule. Si cet homme distingué n’avait pas eu la gentillesse de m’aviser, l’autobus serait reparti sans moi, trop occupée que j’étais à vouloir contrôler et prédire l’avenir. 

Une fois assise, au chaud, j’écris en gras dans un bon vieux carnet de notes: «Me souvenir que c’est en regardant à l’horizon, et surtout pas en y tournant le dos, qu’on voit venir les choses!»

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