The Associated Press Des centaines de personnes ont marché dans Barcelone lundi aux côtés de la communauté musulmane

Avant de me rendre à Paris, quelques personnes de mon entourage m’ont fait cette remarque, comme d’habitude : «Tu n’as pas peur d’aller à Paris, avec les terroristes?» En roulant des yeux, j’ai toujours la même réaction : «Peur? Franchement, peur de quoi? Je ne m’en vais pas en Syrie. J’ai autant de chances de mourir dans un attentat terroriste que d’épouser la femme de mes rêves, Olivia Munn.»

Je pars bientôt à Barcelone, et encore une fois, la même remarque : «Tu n’as pas peur d’aller là-bas, après ce qui est arrivé?» Cette remarque me tue à petit feu. J’ai plus de chance de mourir en m’étouffant avant une paëlla. Je vais vous le dire, ce dont j’ai peur. J’ai peur des politiciens et des amalgames qui nous cassent les oreilles depuis 2001, j’ai peur qu’on continue de pointer du doigt des populations innocentes, j’ai peur des chroniqueurs dangereux qui se cachent derrière le voile de la liberté d’expression, j’ai peur de Donald Trump et des néo-nazis, de la violence faite aux musulmans après chaque attentat, j’ai peur des ponts qui s’effondrent entre les cultures, sous le poids des démagogues, j’ai peur du manque d’éducation et des gens qui n’ont pas lu Camus ou Aragon, puisque la philosophie de la guerre prépare la paix, j’ai peur des mouvements radicaux et des idiots à Charlottesville. Mais peur d’aller à Barcelone, en Turquie ou à Paris? Peur de voyager? Non, jamais. Quelle connerie. C’est justement ce que veulent les terroristes. Avoir peur de voyager, c’est leur donner une raison d’exister. Voyager, c’est apprendre sur l’autre, c’est le remède à cette grande ignorance, à cette folie.

Cette peur de l’autre me fascinera toujours, ces mêmes gens courageux qui n’ont pas peur de mourir au quotidien, hamburger, bière et cigarette à la main, mais qui s’inquiètent de l’immigration ou de l’accueil des réfugiés. La fermeture à l’égard de l’autre est de plus en plus présente, le bourreau a besoin de victimes, la peur est transmise par les médias et les politiciens, par les chroniqueurs à l’éthique douteuse, par les mouvements nazis «alt-right» comme la Meute et les opportunistes politiques. Cette peur du terrorisme montre à quel point l’esprit des gens est facilement manipulable. Après chaque attentat, il y a ces gens, les plus peureux de tous, qui attisent la crainte, les touristes aux œillères idéologiques, et ceux qui restent chez eux à juger l’autre, dans le confort de leur foyer. Le meilleur outil, pour vaincre la peur de l’autre, c’est l’éducation et le voyage, pas le tourisme, le voyage, le vrai. Aller vers les gens, vivre comme eux, avec eux, tendre la main et partager. Voilà un pas dans la bonne direction. Ensuite, s’éduquer et comprendre, comprendre pourquoi des cellules terroristes peuvent émerger, lire sur la guerre et les dictateurs d’autrefois, comprendre pourquoi des enfants-soldats ou des adolescents peuvent se radicaliser. Comprendre pourquoi des gens pris dans la solitude ont un besoin d’objectif, de sens à leur vie, un besoin de communauté, de micro-société, d’une illusion de bien faire. C’est peut-être de cette façon que nous vaincrons un jour la peur. En attendant, les hommeries continuent, l’Histoire suit son cours.

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