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Mes hommages. J’ai, à ce jour, déjà saucé quelques crevettes cocktail dans moult trempettes de party de bureau où Un martini pour Noël de Frédéric De Grandpré battait fidèlement la mesure, signe ultime et on ne peut plus festif que le marathon des Fêtes bat son plein. Fortiche!

Fortiche peut-être, mais cette année, mes tympans grincent plus qu’à l’habitude dès qu’une remarque bien précise est émise. C’est cette remarque que j’entends pourtant depuis toute petite et qui, puisque brodée aux traditions de toute table bien garnie, ne m’avait jusqu’ici jamais irritée comme un frottis de cuisses en plein Jazz Fest.

La petite remarque. Le commentaire. Oh, je n’en suis pas la cible. Mais je l’entends. Et elle revient sournoisement chaque fois que le plaisir et la perspective d’une assiette de sucre à ’crème pointent à l’horizon. Quelle est-elle?

«Bon, je vais encore engraisser à soir.»

Cette phrase et ses dérivées germaines que j’entends, que vous entendez à tour de bras dès que quelqu’un a le malheur de sortir la crème 35 %, se sont docilement installées dans le folklore du plaisir et de la farlouche, prononcées sans relâche par des femmes qui ont envie de festoyer mais qui culpabilisent devant une platée de poulet à la king qui fait coucou.

«C’est plaaaaate!» murmureront sans doute certains à l’oreille des chevaux.

Oui, c’est plate en tabarli. C’est plate que le réflexe de faire remarquer à tout le monde qu’on se sert un deuxième morceau de bûchette en prenant soin de tourner en dérision «ses grosses fesses de cochonne» fasse partie du mobilier conversationnel, même s’il est souvent suivi d’un «ben non, ben non…» de la part d’un collègue qui veut votre bien.

AdditionElle aura beau faire défiler Ashley Graham sur ses passerelles audacieuses comme un jour sans pain, le souci, il vient de nous, mesdames. Il en tient certes aux magazines, aux talk-shows du matin, aux grandes publications, à Johnné et à la voisine d’en dessous de faire leur part, leur petite part, pour qu’on vive dans un monde où la diversité corporelle est reine, et la culpabilité, dans le canniveau. Mais il n’en tient d’abord qu’à vous. À vous de vous interdire toute phrase, toute remarque qui dénigre votre silhouette, même prononcée avec un peu d’amour entre deux crottes de fromage.

Chaque fois que vous le faites, chaque fois que je le fais (je suis toujours ben pas une sainte), toutes celles qui entendent résonner le petit marteau de votre jugement se jugent aussi le cuisseau. Sans même s’en rendre compte.

Et si, pour ces trois brunchs, ces deux réveillons et ce potluck qui vous attendent, vous faisiez la passe à ce grand-père dans le sirop sans la moindre phrase assassine à votre égard? Oui, vous prendrez peut-être un peu de poids pendant les Fêtes. Je n’ai, pour ma part, jamais connu de Josette qui ait pris 32 livres en l’espace de quatre soupers. Respirez. Soyez heureuses.

Et n’oubliez pas votre petite napkine. Vous avez du crémage dans les cheveux (pis ça vous fait bien).

La bise.

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