Bruce Bennett/Archives Getty Claude Julien

Mes hommages. J’ai passé les deux derniers jours sur le divan, sous la couverture, à cuver fièvre et nausées. Et entre deux festives lampées de Pedialyte, j’ai eu tout le loisir de consommer la grande richesse de notre télé, de Marina à L’épicerie, en passant par moult bulletins de nouvelles. Comme la simple perspective de lire me donnait le tournis, mon téléviseur, m’étais-je dit, m’assurerait de capter l’essentiel de l’actualité et de ses accessoires.

Pour ne rien rater, je n’ai rien raté.

Saviez-vous ça, vous autres, que Claude Julien était le nouvel entraîneur-chef du Canadien de Montréal? Je prends les quelques mots qui me sont alloués ici pour m’en assurer. Parce que la nouvelle est grande. De premier ordre. Du moins, c’est ce qu’on me dit pendant 20 minutes à chaque bulletin de nouvelles, toutes chaînes confondues, depuis deux jours. Moi qui suis au hockey ce que Tatie Danielle est à la tendresse, j’ai, ma foi, pris toute l’info, TOUT L’ÉVÉNEMENT, au plus grand des sérieux. Parce que pareilles breaking news, j’en ai vu pour le Bataclan. Pour les événements de Québec. La péridurale de Céline. Alors, j’écoute quand on me parle de Claude Julien pendant 20 minutes d’affilée en me chuchotant fébrilement des infos comme: «Va-t-il mener le Tricolore à la coupe? On ne saurait dire. Claude est un grand homme. Mais on sait pas pantoute ce qui va se passer. Mais on va en parler pareil pendant une demi-heure pour être sûr sûr de vider la question pis ses replis, en ne cachant pas à quel point on est confus, excité pis un peu terrassé par la peur pis l’inconnu.»

Bon. Je saisis l’enthousiasme pour le hockey. Et je n’ai rien, résolument rien contre. J’aime la frénésie des petits drapeaux rouge et bleu dans les vitres de chars. La démarche épileptique des fans transis en gilet du Canadien au retour des matchs. Cela dit, corrigez-moi si je me trompe, mais l’analyse exhaustive et solennelle de la longueur des shorts et de la teneur des selles de Claude Julien ne nous mènera, et je dis ça sous toute réserve, probablement pas à d’inébranlables conclusions sur l’avenir de la saison de hockey. Ça va-tu être le fun? Peut-être. C’était-tu une bonne idée? Ça doit. Est-ce qu’on risque de perdre? Sais-tu, ça se peut. Claude consomme-t-il sa portion recommandée de fibres chaque jour? Ah ben ça, ÇA, y a moyen de le savoir! Et j’ai bon espoir qu’on y consacre de prolifiques demi-heures au Téléjournal, avec suivi méthodique de Gérald Fillion, stéthoscope en ventouse sur les fluctuations de la Bourse, à n’en pas douter branchées sur le péristaltisme de M. Julien.

Rarement a-t-on vu tant de mystère décortiqué. Tant d’intangible transformé en faits du dimanche. Mais surtout, en information.

Robert Marien a-t-il pété ou a-t-il roté? La question restera, à jamais, entière. Heureusement, le fond de culotte de Claude Julien scruté par la NASA ne laissera jamais planer cet insupportable doute sur un peuple avide de savoir les affaires.

La bise.

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