Emrah Gurel/The Associated Press Recep Tayyip Erdogan

La vengeance est peut-être un plat qui se mange froid, mais pas pour Recep Tayyip Erdogan. Ébranlé pendant quelques heures par la tentative de coup d’État survenue dans la nuit de vendredi à samedi, le président turc n’a pas mâché ses mots : les putschistes payeront «cher leur trahison».

Depuis l’arrivée d’Erdogan au pouvoir, il y a 13 ans, la hiérarchie militaire a été purgée à maintes reprises. Visiblement, ce n’était pas suffisant. Cette fois, l’homme fort de la Turquie va mettre l’armée au pas. Il n’a pas le choix. Il y a déjà eu trois coups d’État militaire depuis 1960, et les généraux ont forcé un gouvernement d’inspiration islamiste comme le sien à quitter le pouvoir en 1997.

L’heure des règlements de compte et des procès retentissants a sonné. Abolie en 2004 en Turquie, la peine de mort devrait être rétablie. La répression pourrait même être sanglante.

«Ils paieront le prix fort», martèle Erdogan depuis samedi. «Ce soulèvement est un don de Dieu parce qu’il nous offre l’occasion de nettoyer l’armée.» C’est peut-être aussi un «don de Dieu» pour lui-même.

Directeur de l’Institut français d’études anatoliennes à Istanbul, Jean-François Pérouse s’interroge. Il mentionne, dans un échange de courriels, qu’«Erdogan se trouve providentiellement relégitimé […] aucune opposition n’est désormais possible».

Auteur avec Nicolas Cheviron de Erdogan, nouveau père de la Turquie?, le chercheur français ajoute que le putsch avorté est une «aubaine fabuleuse… À croire que tout cela a été monté, sinon de toutes pièces, du moins en partie. L’amateurisme anachronique des acteurs de ce coup étrange donne à réfléchir».

Dans tous les cas, le coup d’État raté va permettre à Erdogan, connu pour sa susceptibilité et son tempérament colérique, d’asseoir davantage son pouvoir. Élu à trois reprises, comme premier ministre et président, il rêve de tenir les rênes de son pays de 75 millions d’âmes jusqu’en 2023.

Pour l’heure, il va sûrement miser sur l’approche «c’est moi ou le chaos». Cela va toucher une corde sensible dans cette région volatile et toujours explosive. La stabilité est aujourd’hui un état sacré, surtout quand il s’agit d’un pays aussi important que la Turquie, à cheval entre l’Europe et l’Asie.

Membre de l’OTAN, terre de réfugiés pour plus de deux millions de Syriens, la Turquie participe désormais activement aux bombardements contre le groupe armé État islamique (EI) en Syrie et en Irak.

Si l’Occident a plus que jamais besoin d’Erdogan, chez lui, on l’adore pour avoir fait de son pays la 16e économie mondiale, triplé le revenu par habitant en une décennie, multiplié les gestes en faveur des plus pauvres.

On le déteste pour sa dérive autoritaire (il a notamment renforcé l’emprise de l’exécutif sur l’appareil judiciaire) et son désir d’islamiser son pays, alors que la religion de Mahomet n’est officiellement plus celle de l’État depuis 1928.

Vénéré ou haï, Erdogan est toujours sorti gagnant de cette polarisation. Avec le putsch raté du week-end, il fait l’unanimité. Il est plus populaire que jamais.

Pour l’instant.

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