Dans les profondeurs de l’île polynésienne où nous passons nos vacances, dans ce minuscule village encerclé par des falaises verticales de plus de
1 000 m de haut, sortes de châteaux intimidants qui se dressent au-dessus d’une mer hostile qui, vague après vague, vient leur gruger les pieds; au cœur de cette petite bourgade composée d’à peine quelques bungalows de bois cendré, sur le terrain adjacent à l’église du village, des religieux préparent un méchoui de cochon sauvage.

Directement sur l’herbe, les prêtres installent un système de barres de fer et y déposent une broche sur laquelle un cochon patiente, transpercé de la barbe au cul, dans un silence parfait, puisqu’il est, somme toute, extrêmement décédé. Les religieux transportent alors les braises brûlantes d’un grand feu allumé depuis le matin jusque sous l’impressionnante bête de plusieurs kilos. Dans le village, les odeurs commencent à se répandre. Un des religieux – visiblement le chef cuisinier de la congrégation – commence à faire tourner le cochon et à l’asperger d’une sorte de laque aux herbes et au jus de fruits tropicaux. Le cochon, piqué de mille gousses d’ail et enduit d’une couche d’un mélange de sel de mer et de sucre de canne, exhale de plus en plus ses irrésistibles parfums de viande grillée, de gras en train de s’autofrire et de doux arômes de paradis.

Les gens du village savent qu’aujourd’hui il se passe quelque chose. On s’appelle. On s’organise. On s’invite. On s’assemble sous un chapiteau de bambou installé là pour protéger des averses qui, trois ou quatre fois par jour, viennent mouiller la végétation avant que, 42 secondes plus tard, le soleil réapparaisse pour faire luire les fleurs et inonder de couleurs les jardins sauvages qui entourent l’église. Après une brève messe, les gens s’attroupent autour du prêtre cuisinier qui, bon prince, partage avec les curieux les secrets culinaires qu’il  décodés dans l’évangile apocryphe selon St-Hubert. Les fumets qui se dégagent du cochon provoquent un mouvement de foule de plus en plus important, un rush de dopamine et une euphorie olfactive collective, qui, j’te jure, feraient défroquer le plus djihadiste des végétariens. Les ouailles sont silencieuses, regardant la bête tourner sur sa broche, humant à pleins poumons les volutes se dégageant de cette rôtisserie sacrée. Et nous, nous sommes là, étrangers à ces us mais loin d’être indifférents, à profiter du spectacle en odorama.

Et puis, ça m’a frappé : malgré toute la bullshit des religions et de l’Église en particulier, malgré son aspiration millénaire à vouloir maîtriser les gens, endoctriner les enfants et accumuler d’indécentes richesses; malgré ses hypothèses farfelues sur la création du monde; malgré son éthique guerrière, vengeresse et incohérente issue du néolithique qui l’a conduite tant de fois à justifier l’injustifiable; oui, malgré tout cela – et malgré mon propre athéisme –, j’ai bien dû admettre que dans cette scène de communion et de partage, dans ce tableau polynésien sur fond d’océan turquoise et surtout – surtout! – dans ce cochon à la broche qui caramélisait doucement au-dessus des braises et embaumait le ciel de promesses de pur menoum, il devait bien se cacher quelque chose comme une parcelle de divin.

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