C’est à en perdre son latin. Partout, la langue est une préoccupation. En anglais, en français ou en chinois, la menace plane. En banlieue de Vancouver, on se soucie de la prédominance du chinois dans l’affichage. À Cornwall, un maire de périphérie retire son financement à un hôpital qui recrute du personnel bilingue afin d’offrir des services en français. À Huntingdon, le maire Stéphane Gendron veut remettre en question devant les tribunaux de la légitimité d’une loi vieille de plus de 35 ans, la Loi 101.

Bien des gens diront que ce n’est qu’un maire en manque de visibilité. Pourtant, le maire Gendron reprend des arguments qu’on se doit d’écouter, car ils sont l’écho de ceux de bien des anglophones hors Québec. L’obligation d’utiliser le français est «raciste et discriminatoire». Il considère que, même si sa ville ne satisfait pas aux critères d’application de la Charte, il devrait être en mesure d’envoyer des communications bilingues à ses commettants. Eh bien non.

Pour parvenir à un certain équilibre, toujours précaire, le Québec a longuement cheminé et a dû jongler avec différents défis. Le dilemme du respect des droits individuels, la protection de la minorité anglophone, l’intégration linguistique des allophones, la force d’attraction de l’anglais ont pavé la voie à une certaine paix linguistique.

Le Québec a un statut francophone qui ne l’empêche pas d’offrir des services en anglais et de répondre aux besoins de la population anglophone,  encore moins d’être ouvert sur le monde et de promouvoir l’apprentissage d’autres langues. On doit pouvoir affirmer haut et fort que le Québec est francophone et que, pour y vivre et y faire des affaires, il y a certaines règles à respecter.

Toutes ces situations ne sont pas à mettre sur un pied d’égalité. Elles témoignent toutefois d’un attachement à une identité à Richmond ou à South Stormont et du fait qu’on ne tient rien pour acquis. Protéger l’anglais dans un territoire où il domine est différent de protéger le français, utilisé par 2 % d’une population vivant parmi 300 millions d’anglophones.

Qu’on le veuille ou non, le débat linguistique sera toujours présent au Québec en raison de notre réalité géographique. Il interpelle chacun de nous. La situation du français dans la grande région de Montréal est préoccupante, notamment en ce qui concerne la langue de travail et l’intégration des nouveaux arrivants. Ce n’est surtout pas le temps d’affaiblir l’une des lois qui protègent notre identité collective.

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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