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Le contraste était saisissant : d’un côté de la scène, Richard Stallman, le «pape» du logiciel libre, créateur du logiciel GNU, Américain parfaitement francophone, au charisme assumé, dégageant une forte aura de gourou, et de l’autre, la chercheuse québécoise Marianne Corvellec, jeune femme articulée et engagée, armée de l’assurance qu’on acquiert quand on connaît un sujet comme le fond de sa poche.

Ils ont présenté, lors d’une conférence commune, le b.a.-ba du libre, faisant la démonstration des conséquences fâcheuses de notre utilisation massive, quotidienne et mondialisée des logiciels «privateurs»: les Apple, Microsoft et Google de ce monde. À l’occasion de la Semaine québécoise de l’informatique libre, j’ai échangé avec Marianne Corvellec, «scientifique de données» qui milite pour le  logiciel libre au Québec et en Europe.

Quelle différence existe-t-il entre le logiciel libre et le logiciel privateur?
Un logiciel est libre si et seulement si sa licence garantit les quatre libertés fondamentales: 1) la liberté de rouler le logiciel comme bon vous semble, 2) de l’étudier et de le modifier selon vos besoins, 3) d’en distribuer des copies, et 4) de distribuer des copies de vos versions modifiées/améliorées. Le libre, c’est la seule façon d’avoir un contrôle sur nos usages informatiques. Sans cela, nous ne vivons plus en démocratie.

Est-ce que les logiciels privateurs ont des fonctionnalités malveillantes?
Si le code source d’un logiciel privateur n’est pas accessible, alors il est impossible d’auditer le logiciel. Donc, je ne peux pas vous dire s’il contient ou non des fonctionnalités malveillantes! On ne peut que se méfier, soupçonner… Depuis quelque temps, le flicage (tracking) est très bien vu dans certains milieux d’affaires : collecter beaucoup de données et les utiliser pour rendre des systèmes «intelligents», afin d’améliorer l’expérience utilisateur… Dans ce cas, nous savons qu’il y a des fonctionnalités d’espionnage tout simplement parce que le développeur s’en vante!

La bataille pour le logiciel libre est-elle perdue d’avance? Les usagers du monde entier ont appris l’informatique en utilisant les logiciels d’Apple et de Microsoft. S’ils veulent passer à du libre, ils doivent passer par un nouvel apprentissage, ce que beaucoup de gens ne sont pas disposés à faire.
Devrions-nous renoncer à la liberté? Votre remarque est peut-être réaliste mais, en fin de compte, je n’ai personnellement rien à répondre au fait que «beaucoup de gens ne sont pas disposés à apprendre». Je me positionne dans la promotion d’une attitude curieuse, ouverte, et désireuse d’apprendre.

Quelles sont les prochaines batailles à mener?
Les projets de traités de libre-échange menaçant nos souverainetés juridiques reviennent toujours (ACTA, TTIP, CETA, TISA, etc.), donc la bataille est continuelle. L’interdiction des brevets logiciels et la protection de la neutralité du Net restent d’actualité. Je pense aussi à la protection des données personnelles, à la protection des lanceurs d’alerte et à la priorité au logiciel libre dans les services publics.

Du 17 au 25 septembre, la Semaine québécoise du logiciel libre, organisée par FACIL, fait la promotion de l’usage des logiciels libres à l’école, à la maison, dans les entreprises et dans les administrations publiques.

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