Le gouvernement Couillard croyait faire d’une pierre deux coups avec son projet de réforme de l’aide sociale : faire économiser de l’argent au trésor québécois tout en renvoyant des gens sur le marché du travail. La belle astuce! Sauf que des solutions qui paraissent toutes simples peuvent s’avérer simplistes, comme l’ont rappelé les nombreux groupes qui ont témoigné en commission parlementaire la semaine dernière.

La logique du gouvernement est la suivante : les gens se chercheront un emploi si les prestations d’aide sociale qu’ils reçoivent sont tellement maigres qu’elles ne leur permettent pas de vivre décemment. On appelle ça «l’incitation au travail».

Le politologue Alain Noël, qui connaît ces questions comme le fond de sa poche, écrivait dans L’état du Québec 2011 : «Entre 2002 et 2010, ce sont les ménages qui recevaient les prestations les plus généreuses (…) qui ont davantage quitté l’aide sociale. Ce n’est donc pas nécessairement en maintenant les personnes dans la misère qu’on favorise le mieux l’intégration en emploi.» Il poursuit en expliquant que, dans le monde, les pays qui ont les prestations d’aide sociale les plus généreuses ont aussi les taux de participation au marché du travail les plus élevés. Ces données ne concordent pas avec la logique du «coupez et vous inciterez».

Imaginons des explications : peut-être que ces prestataires, avec ces dollars de plus dans leur poche, ont mieux dormi avant d’entamer leurs démarches de recherche d’emploi. Peut-être que, se sachant un peu moins démunis, ils ont eu ce sentiment de dignité qu’il faut pour passer une entrevue d’emploi. Peut-être ont-ils pu s’acheter le veston qui donne cet air d’employabilité.

La stratégie de privation des personnes sans emploi est une fausse piste nous dit Alain Noël : «En apparence cohérente, la logique purement comptable ne va pas de soi, parce qu’elle laisse de côté l’ensemble des motivations et des contraintes associées à l’emploi.» On peut deviner quelques-unes de ces motivations et contraintes auxquelles le professeur fait allusion : notre santé mentale et physique, l’éducation qu’on a reçue, notre scolarité, les emplois offerts dans notre coin de pays, nos champs d’intérêt, notre talent. Ces facteurs peuvent renforcer ou diminuer notre capacité et notre motivation à travailler.

Le gouvernement entend non seulement garder les prestations très en-dessous du seuil de pauvreté, mais il veut aussi couper le niveau des prestations des gens qui n’accepteraient pas un emploi que le ministère leur trouverait. Obliger une personne à occuper un emploi qu’elle n’a pas choisi sous peine de lui retirer le minimum nécessaire pour vivre, c’est la forcer à utiliser son corps ou son esprit contre son gré. Voulons-nous en arriver là?

Le stratège politique américain James Carville a dit il y a longtemps, et je l’ai noté soigneusement, car cela m’est apparu à la fois audacieux et juste : «À part notre amour, ce que nous avons à donner de plus précieux, c’est notre force de travail. Notre labeur est une chose sacrée, et on a tendance à l’oublier.»

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