Ça me réjouit quand un élu sort momentanément de son rôle pour révéler l’humain qui se cache derrière le politicien. Mais quand Philippe Couillard, pour expliquer la mollesse de sa réaction aux allégations qui pèsent sur Sam Hamad, a dit vouloir concilier «l’intérêt supérieur du Québec et de l’État» et «les sentiments humains» qui l’animent face à l’ex-président du Conseil du trésor, ça m’a fait l’effet inverse.

«Les hommes et les femmes qui travaillent avec moi, ce ne sont pas des meubles, des objets», a-t-il argumenté. La déclaration apparaît au premier abord d’une solidarité touchante. Mais, à la lumière des décisions que le premier ministre a prises depuis deux ans, elle sonne faux.

En effet, c’est précisément cette disposition à l’égard des autres qui a fait cruellement défaut au gouvernement. Il a été incapable de faire preuve de la même bienveillance, de la même écoute à l’égard des hommes et des femmes qui lui ont demandé, de toutes les façons possibles et imaginables, de ne pas réduire la mission sociale de l’État, de ne pas laisser tomber les personnes vulnérables qui comptent sur des ressources publiques pour subvenir à leurs besoins de base, de ne pas détruire la myriade d’organismes publics et privés qui forment ensemble le réseau qui échafaude, quotidiennement, une société humaine, juste, équitable.

À l’égard de Sam Hamad, le premier ministre n’a pas voulu «se déshumaniser dans le travail qu’il fait». Lorsqu’il devait travailler avec la société civile, où était cette vision non instrumentale des autres que Philippe Couillard a eue à l’égard de son collègue? Il fallait plutôt appliquer l’approche «qui fait mal, pour leur bien». Une rhétorique tordue qui n’a de sens que pour ceux qui la professent, pas ceux qui en subissent les conséquences.

Cette surdité systématique que le gouvernement a eue envers les groupes sociaux est alimentée par sa vision réductrice de la politique : les élus sont des gestionnaires et les citoyens des clients, et la population n’a aucune sagesse quant à la façon et aux moyens qu’il faut déployer pour son propre bien.

Cette vision de la démocratie, qui se moque du pacte social à l’origine du Québec moderne, pacte qui stipule que le gouvernement entre en dialogue avec les populations et les groupes qu’il sert, s’est traduite par la réduction ou l’abolition pure et simple des organes de concertation, de dialogue et de consultation, ceux qui ont contribué au progrès social et économique du Québec depuis des décennies.

Voilà, il me semble, le bilan du gouvernement en ce deuxième anniversaire de son accession au pouvoir. Il a retiré aux collectivités leur capacité à se gouverner un tant soit peu. Il leur a dit : tassez-vous de d’là, vous ne savez pas ce qui est bon pour vous.

Depuis deux ans, la puissante mobilisation des forces sociales au Québec a mis au jour cette logique infantilisante. Elles ont encore beaucoup de pain sur la planche pour continuer à éclairer une majorité de citoyens. Mais, heureusement, les Québécois ne sont pas dupes. Quand ils voient un gouvernement concentrer trop de pouvoir entre ses mains, ils savent lui rappeler que le pouvoir appartient au peuple.

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