Ce n’est pas d’hier que des projets de conversion du Silo no 5, dans le Vieux-Port, font fantasmer architectes et promoteurs immobiliers.

Complexes résidentiels, hôtels, bunkers pour serveurs informatiques, musée d’art contemporain… Les plans d’affaires n’ont pas manqué ces 15 dernières années, mais le leadership pour les concrétiser, lui, a fait défaut sur plusieurs plans, particulièrement politiques et financiers.

Tous ces échecs ne semblent cependant pas avoir freiné l’ardeur des amoureux de cet imposant vestige industriel. L’architecte québécois Pierre Thibault en est le parfait exemple, dévoilant récemment son rêve de convertir le site en parc linéaire surélevé et en hôtel de 125 chambres.

Il n’est pas le seul à avoir entrepris de nouvelles démarches pour faire revivre le silo. Le plus important bureau d’architectes du Québec, Lemay, accompagné de la société d’investissement OneCap, tente également, depuis déjà plusieurs mois, de monter un plan d’affaires qui permettrait de convertir ce géant de béton en nouvelle icône de la métropole.

«Le maire Coderre veut faire quelque chose; [Justin] Trudeau est plus intéressé par Montréal que l’ancien gouvernement conservateur et il cherchera à laisser sa marque, explique Daniel Dorey, directeur général de OneCap. Toutes les conditions gagnantes sont maintenant rassemblées pour qu’il se passe enfin quelque chose avec le Silo no 5.»

Leur plan: aménager deux vastes esplanades qui reconnecteraient le site industriel à la rue de la Commune, au bout desquelles serait implanté un marché public. Les silos du côté ouest, ainsi que la structure métallique centrale, seraient convertis en hôtel, alors que les silos du côté est – la section la plus emblématique du site – accueilleraient un centre d’innovation gouvernemental sur le développement durable, un observatoire et une salle de réception.

Une entreprise d’agriculture urbaine viendrait «habiller» une partie des cylindres bétonnés en y adossant une gigantesque serre vitrée qui serait destinée à la culture de fruits et légumes. Ces derniers seraient vendus au marché public.

«On veut travailler avec le génie du lieu, indique Michel Lauzon, architecte associé chez Lemay. L’idée n’est pas de construire de nouveaux bâtiments, mais de faire de l’adaptive reuse, c’est-à-dire de transformer tous les pieds carrés déjà présents en étant créatif, en les réutilisant intelligemment pour le bien collectif.»
Le projet, baptisé Collectif S5, a déjà été présenté à plusieurs acteurs clés, dont le maire Coderre. Une rencontre est également planifiée aujourd’hui avec la ministre fédérale Judy Foote, responsable de la Société immobilière du Canada, propriétaire du Silo no 5.

À combien évalue-t-on une telle proposition? Qui la financerait? Disons simplement qu’il reste de nombreuses ficelles à attacher.

Ce modèle d’affaires hybride a-t-il plus de chances de se concrétiser que tous les précédents qui ont échoué? Difficile à dire.

Chose certaine, cet intérêt récurrent pour le Silo no 5 devrait servir de wake-up call collectif. On a le talent, l’intérêt et la passion de nombreux architectes et gens d’affaires pour mener à bon port un tel projet de conversion.

Donnons-nous une fois pour toutes les outils pour réussir, ayons une vision rassembleuse.

Faisons à notre tour des jaloux de notre ambition, de notre créativité, comme le Tate Modern Museum l’a fait pour Londres.

Montréal a tout à y gagner. Ottawa également.

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