Le vote sur l’appartenance à l’Union européenne (UE) qui se tiendra le 23 juin au Royaume-Uni soulève – comme c’est toujours le cas lorsqu’on prononce l’infâme mot référendum – bon nombre d’interrogations au Canada. Un appui britannique à la séparation attisera-t-il les passions souverainistes au Québec? Le Canada doit-il prendre position? Et, surtout, Boris Johnson, le flamboyant ex-maire de Londres, est-il le nouveau Lucien Bouchard?

La chroniqueuse Celine Cooper du Montreal Gazette rappelait cette semaine que l’issue du scrutin pourrait avoir un écho au Québec, d’autant plus que l’ancien premier ministre écossais Alex Salmond a indiqué qu’un nouveau référendum sur l’indépendance serait nécessaire en Écosse si la Grande-Bretagne quittait l’UE. «Un tel scénario pourrait entraîner un effet domino qui donnerait une dose d’énergie à un Parti québécois en quête de renouveau après le départ du chef Pierre Karl Péladeau», souligne-t-elle.

Il est vrai que la campagne menée de part et d’autre par les tenants du «Leave» et du «Remain» a des airs d’octobre 1995. Interrogé en mars dernier par le Financial Post, un économiste québécois basé à Londres, Charles St-Arnaud, résumait ainsi l’apparente symétrie référendaire :

«It’s the same arguments that are made by both sides — just change Britain for Quebec and the EU for Canada, and you can almost take quotes from 1995 and go with that. The story reads the same.»

Traduction libre : «Les mêmes arguments sont avancés des deux côtés – changez les mots Grande-Bretagne pour Québec ainsi que UE pour Canada et vous obtiendrez presque les mêmes citations qu’en 1995. L’histoire se lit de la même manière.»

D’un côté la volonté de reprendre le plein contrôle de ses politiques, de l’autre, la peur de l’incertitude économique.

Politique-fiction
Se laissant aller au jeu de la politique-fiction, le site OpenCanada.org – une publication spécialisée dans les affaires internationales –, a poussé plus loin les comparaisons. Dans un texte où il enjoint le gouvernement Trudeau à intervenir dans le débat du «Brexit» (tant pour le bien de l’économie que celui de l’unité canadienne), le politologue Randall Hansen affirme non seulement que les idées des deux camps sont similaires à celles débattues il y a 20 ans au Québec, mais que les acteurs principaux présentent d’étranges ressemblances. Son casting :

1) Dans le rôle de Jacques Parizeau : Michael Gove, actuellement ministre de la Justice dans le gouvernement conservateur de David Cameron, ardent défenseur de la séparation du Royaume-Uni et connu autant pour ses interventions loufoques en Chambre que pour les vidéos où il explique, notamment, pourquoi Tyrion Lannister est son personnage préféré de Game of Thrones.

Jacques Parizeau

«Gove is an extreme and unappealing man who is principled in his commitment to exit and prepared to see his country poorer in order to get there.»

Traduction libre: «Gove est un homme extrême et peu attrayant, qui est à la fois ferme dans son engagement à quitter et préparé à voir son pays s’appauvrir pour parvenir à ses fins.»

2) Dans le rôle de Lucien Bouchard : Boris Johnson, pittoresque ex-maire de Londres (re)devenu député conservateur, également en faveur du «Leave» et réputé très proche des milieux financiers de la City (il s’est entre autres opposé en 2013 contre un plafonnement des bonus imposé aux banquiers).

Lucien Bouchard

«Johnson is a charismatic but unscrupulous politician actuated above all by a desire for power.»

Traduction libre: «Johnson est un politicien charismatique, mais peu scrupuleux, motivé d’abord et avant tout par le désir du pouvoir.»

Avec d’aussi sinistres personnages sur le devant de la scène, M. Hansen aura été rassuré d’apprendre que Justin Trudeau, dans une entrevue publiée par l’agence Reuters le 19 mai, s’est prononcé contre la séparation de la Grande-Bretagne et de l’UE.

Le premier ministre canadien a toutefois nié adopter une telle position de peur de souffler sur les braises du mouvement indépendantiste au Québec. «Nous n’avons pas vu de hausse dans l’intérêt [pour le séparatisme québécois]. Ce n’est pas une de ces choses dont beaucoup de gens [parlent]», a-t-il conclu dans des propos rapportés par la CBC.

En voilà un qui, manifestement, ne suit pas la course à la chefferie péquiste.

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