L’annonce la semaine dernière de l’abolition des lois datant de la période esclavagiste en Jamaïque a eu sur moi l’effet contraire que celui constaté chez mes confrères de la presse écrite. Ce n’est pas que la nouvelle en soi ne soit pas bonne, mais elle m’a tout simplement abasourdi, car j’étais loin de penser que la Jamaïque d’Alexander Bustamante, de Michael Manley et de Bob Marley pouvaient encore accepter de vivre sous le régime de textes coloniaux.

Étant né dans ce coin de pays qui a réalisé, il y a 200 ans, la seule révolution anti-esclavagiste de toute l’histoire de l’humanité, je vante toujours les idéaux de liberté et surtout d’égalité dont la révolution haïtienne était porteuse dans toute la région et ailleurs. Et s’il y a un pays qui assurait la perpétuation de ces idéaux c’est la Jamaïque, même si l’île n’obtint son indépendance qu’en 1962.

Ce qui m’a le plus choqué, c’est l’utilisation de la flagellation comme forme de punition qui ne figure pas seulement dans le code pénal, mais qui est ordonnée par les tribunaux, en violation de toutes les lois internationales dont la convention de l’ONU contre la torture et la déclaration universelle des droits de l’homme.

Et puis dans la mémoire collective il n’y a rien de plus symbolique de l’esclavage que le fouet et les chaînes.

À ceux qui seraient tenté de me rappeler que la Jamaïque fait partie du Commonwealth et que la reine Elizabeth II en est le chef de l’État, je réponds que d’autres pays comme le Canada ou l’Australie sont logés à la même enseigne. Alors pourquoi la Jamaïque serait-elle plus royaliste? D’autant plus qu’il s’agit d’un des endroits où l’esclavage a été le plus brutal.

Ceci dit, la partie pleine du verre est que cette démarche entre dans une dynamique plus globale du Parti national du peuple au pouvoir depuis janvier 2012. La première ministre a même annoncé vouloir couper le cordon avec la couronne britannique. «Nous initialiserons le processus de détachement de la monarchie pour devenir une république, avec notre propre président autochtone pour chef d’État», a déclaré Portia Simpson Miller.

La Jamaïque va bientôt abolir ses lois datant de l’époque coloniale qui permettent la flagellation des prisonniers, a annoncé jeudi le ministre jamaïcain de la Justice.

Le ministre a indiqué que la flagellation n’avait jamais été ordonnée par un tribunal depuis 2004, mais cette forme de punition est toujours présente dans le code pénal de l’île. La flagellation était autrefois administrée avec un martinet composé de neuf cordes tissées.

Le ministre de la Justice, Mark Golding, a déclaré que les châtiments «dégradants» étaient un anachronisme qui violent les obligations internationales de la Jamaïque et empêchent le gouvernement de la première ministre Portia Simpson Miller de ratifier la convention de l’ONU contre la torture.

«Le temps est venu de régulariser la situation en enlevant ces lois de l’ère coloniale de nos livres une fois pour toutes», a déclaré M. Golding dans un communiqué.

Le cabinet a déjà approuvé l’abrogation de la loi sur la flagellation et des amendements à d’autres lois de cette ancienne colonie britannique, où l’esclavage dans les plantations était particulièrement brutal.

L’annonce a été bien accueillie par les militants des droits de la personne, qui considéraient la loi sur la flagellation comme une mesure archaïque dans un pays majoritairement peuplé de descendants d’esclaves.

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