J’ai déjà souligné lors d’un précédent billet sur la crise en Égypte quelques situations paradoxales qui ont poussé la rue à s’enflammer à nouveau. Mais la situation est plus ironique aujourd’hui, quand on voit le commandant des forces armées monter au créneau pour tenter d’éteindre le feu mis dans plusieurs villes par les frères ennemis du printemps égyptien.

L’armée d’Hosni Moubarak, qui était l’ennemi d’hier et qui pourrait le redevenir, a appelé les protagonistes à la négociation «pour l’amour de l’Égypte». Sans prendre partie dans cette crise née de la tentation du président Morsi à étendre ses pouvoirs constitutionnels, Abdel Fattah Al-Sissi (commandant des forces armées et ministre de la défense) a proposé à l’opposition et au gouvernement de s’asseoir afin de trouver une issue à la crise.

Je disais également que le président Mohamed Morsi n’avait pas pris toute la dimension de ce qui se développait sous ses yeux et surtout de sa remise en question par sa base de lancement, au point de le qualifier de «pharaon islamiste» et de le comparer à Hosni Moubarak. Les récents développements confirment ce que la rue appréhendait, car rien n’explique la décision en début de semaine du président de donner un pouvoir discrétionnaire à l’armée sur les libertés individuelles.

Et s’il devait s’agir là d’une stratégie du président en vue de responsabiliser l’armée, cela voudrait dire que la situation est encore plus compliquée. Et, que l’armée ne prendrait plus d’ordre du pouvoir civil, au point d’exiger des pouvoirs qui lui permettent de placer son mot dans le débat politique actuel. Comprenez que si l’armée réussit à convaincre l’opposition et les Frères musulmans à trouver un terrain d’entente pour calmer la rue, cela voudra aussi dire qu’elle a repris son rôle central de faiseur et de défaiseur de pouvoir qu’elle a historiquement toujours joué.

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