Josie Desmarais/Métro

Près du tiers des investissements qu’a prévus la Ville de Montréal pour les trois prochaines années seront consacrés aux infrastructures routières.

Le Programme triennal d’immobilisations (PTI) 2017-2018-2019, qui a été présenté mercredi, comporte des investissements de 6,386G$, en hausse de près de 1146M$ (22%) par rapport à l’an passé. De ce montant, 2G$ serviront à remettre en état les routes montréalaises. «Il faut le faire, a insisté le maire de Montréal, Denis Coderre. Je peux bien vous dire que je m’en vais en élection, qu’on fera rien et qu’on envoie ça sous le tapis, mais quand on a 45% des chaussées en mauvais ou très mauvais état, ça crée des problèmes.»

M. Coderre a expliqué que «des sacrifices» devront être faits par les Montréalais pendant les travaux de voirie, dont la cadence s’intensifiera au cours de la prochaine décennie et même doublera au cours des cinq prochaines années.

«Il y a aura toujours des gens qui ne sont pas contents, a dit le maire. Il faut travailler en conséquence pour changer notre façon de faire. On est en mode solution. Ça prend une bonne communication et une bonne situation d’accompagnement et le moins de surprises possibles.»

Il a ajouté que la fin du chantier de l’autoroute Bonaventure, qui prendra fin en 2017, permettra d’améliorer la circulation à Montréal, de même que l’ouverture du nouveau pont Champlain en 2018 et la mise en service du Réseau électrique métropolitain (REM) en 2020. Le réseau de l’eau aura aussi droit à davantage d’investissements au cours des trois prochaines années, d’après les prévisions de la Ville. Pas moins de 1,6G$ y seront injecté, soit près de 430M$ de plus que l’an passé.

Ces investissements massifs dans les réseaux de la voirie et de l’eau sont conséquents au souhait de l’administration Coderre-Desrochers d’éliminer totalement le retard dans l’entretien des routes, des aqueducs et des égouts d’ici 2026. Au plus fort des travaux, près de 676km des réseaux d’eau et de voirie seront remis en état à chaque année de 2017 à 2021, puis 466km par année de 2021 à 2026.

Projet Montréal s’inquiète de ces «dépenses sans précédent» alors que plusieurs chantiers cette année ont accusé un retard ou des dépassements de coût importants, ont été mal planifiés, ou avaient une surveillance inadéquate. «Il y a un faux sentiment d’urgence, pour tout faire avant le 375e anniversaire de Montréal», a souligné Luc Ferrandez, chef de Projet Montréal.

La Ville prévoit faire majoritairement du planage et revêtement dans les prochaines années, afin de ne pas engorger le réseau routier, quitte à refaire le travail plus en profondeur quelques années plus tard. «C’est à refaire au bout de 2 ans, martèle M. Ferrandez. On a demandé aux ingénieurs pourquoi il y a une telle augmentation du planage et revêtement, et on nous a répondu que c’est parce que c’est le programme pour lequel on peut dépenser le plus rapidement, et non parce que c’était le programme le plus approprié pour les routes.»

Travaux construction route

Les investissements prévus pour les infrastructures routières dans les derniers PTI:
2016-2017-2018: 1457M$
2015-2016-2017: 1358M$
2014-2015-2016: 617M$
2013-2014-2015: 693M$

Centre animalier: les coûts augmentent
La construction du centre animalier, qui doit ouvrir ses portes en 2018, coûtera au final 34,7M$ plutôt que 23M$ comme c’était prévu. L’administration du maire Coderre a justifié cette augmentation par la nécessité de procéder à des travaux de décontamination du terrain. En 2014, elle avait décidé d’implanter la fourrière municipale le long du boulevard Pie-IX, entre la 42e et la 47e rue, dans l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc Extension, où se trouve un clos de voirie. Il était prévu auparavant dans le parc Angrignon. Le nouveau site était jugé préférable en raison du nombre élevé d’animaux de compagnie dans le quartier.

REM: des travaux prévus
En prévision de la construction du Réseau électrique métropolitain (REM) par la filiale CDPQ Infra de la Caisse de dépôt et placement du Québec, la Ville de Montréal prévoit déjà des travaux. Ceux-ci consistent notamment à la reconfiguration des rues et à l’aménagement des abords des futures stations. Près de 7M$ sont prévus dans le PTI 2017-2018-2019 pour ces travaux qui commenceront dès l’an prochain. Ce montant pourrait grimper jusqu’à 20M$ d’ici 2020, d’après les prévisions de la Ville. Le REM s’étendra sur 67km de Longueuil à Deux-Montagnes, en passant par Montréal et Laval, et il comptera 24 stations dans une première phase, neuf terminus d’autobus et 14 stationnements incitatifs.

SRB PIE-IX en 2022
La Ville a réitéré son objectif de mettre en service le SRB Pie-IX en 2022. L’année 2017 sera consacrée à la préparation des plans et devis et le chantier devrait être lancé à l’automne 2018, si Québec accorde les autorisations nécessaires à temps. Un montant de 33,5M$ sera consacré à ce projet par la Ville de Montréal au cours des trois prochaines années. Annoncé en 2009, le SRB Pie-IX sera déployé du boulevard Saint-Martin, à Laval, jusqu’à l’avenue Pierre-de-Coubertin à Montréal. Dix-sept stations doivent être construites le long du parcours de 11km. Ce SRB pourra générer jusqu’à 70 000 déplacements par jour, selon les estimations.

Paiement au comptant
La Ville de Montréal souhaite de moins en moins emprunter pour les projets colligés dans son PTI et en payer davantage en argent comptant. Au cours des trois prochaines années, elle prévoit allonger 1 080M$ en paiement comptant. En 2017, ses paiement comptant seront de 280M$, soit 15% des dépenses totales qu’elle prévoit pour la réalisation des projets au PTI qui sont de 1,8G$. En 2018, le montant grimpe à 360M$ en comptant, soit 16% des 2,2G$ de dépenses prévues. En 2019, elle paiera comptant 440M$ sur les 2,3G$ prévues en dépenses, soit 18%. Le reste des dépenses proviennent d’emprunts et de subventions. «Nous voulons pouvoir financer [l’]augmentation des investissements sans [nuire] aux finances de la Ville», a expliqué le président du comité exécutif, Pierre Desrochers.

Avec l’augmentation massive des investissements, la dette de la Ville augmentera, a convenu M. Desrochers, mais pas de façon inquiétante, selon lui. Pour l’année 2016, la Ville consacrera 697M$ au service de la dette. Ce montant grimpera à 716M$ en 2017.

La majoration des investissements n’aura pas d’impact sur les hausses de taxes municipales, a assuré Pierre Desrochers. Ce dernier a réitéré l’engagement de son administration d’augmenter le fardeau fiscal de ses citoyens au niveau de l’inflation.

Projet Montréal réplique en disant que pour avoir des surplus pour payer au comptant, la Ville a dû faire des économies quelque part. «Ce sont les arrondissements qui se sont beaucoup serrés la ceinture, qui ont coupé dans les services pour pouvoir payer en comptant, a fait valoir Laurence Lavigne Lalonde, élu de Projet Montréal. Il y a moins d’employés pour surveiller les chantiers, par exemple. On prend donc de l’argent aux citoyens dans les arrondissements pour payer les partys du 375e anniversaire».

Taux de réalisation
La Ville n’est pas capable de donner le pourcentage de réalisation des travaux qu’elle compte réaliser dans les prochaines années. Toutefois, elle mentionne qu’en 2014, 840M$ ont été réalisés en travaux, alors que cette année ce montant grimpera à 1,2G$. Projet Montréal réplique en disant que l’explosion des coûts des travaux pourrait expliquer cette augmentation sans nécessairement faire augmenter le nombre de projets accomplis.

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