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Après une alerte à la bombe qui a obligé mercredi une partie de l’Université Concordia à fermer ses portes, la communauté musulmane se montre inquiète.

Près d’un mois après l’attentat au Centre culturel islamique de Québec, causant la mort de six personnes le 29 janvier, et le vandalisme de deux mosquées dans les quartiers Centre-Sud et Pointe-Saint-Charles, ce sont les étudiants de confession musulmane qui ont été visés mercredi matin.

Dans une lettre envoyée aux médias par le nébuleux Conseil des citoyens conservateurs du Canada, ce dernier menaçait de faire exploser des bombes dans les locaux de l’Université Concordia qui accueille 46 000 étudiants, chaque jour entre le 1er et le 3 mars. Par mesure de précaution, trois bâtiments ont été fermés durant une partie de la journée, sans qu’aucun engin explosif n’ait été trouvé par les forces de l’ordre.

Un campus universitaire est supposé être le lieu le plus ouvert, le plus tolérant. On ne peut que s’inquiéter» – Bouazza Mache, porte-parole du Conseil musulman de Montréal

Alors que ce groupe dénonce, entre autres, certaines habitudes de vie des étudiants musulmans, ceux-ci ont reconnu être «profondément troublés» par ces menaces, alors que l’université organisait dans le même temps une semaine de sensibilisation à l’Islam.

«Aucune communauté religieuse ne devrait avoir à craindre pour la sécurité et le bien-être de sa communauté», indique l’Association des étudiants musulmans de Concordia, dans un communiqué transmis sur les réseaux sociaux, dénonçant également «l’effort inquiétant pour intimider la population du campus».

«Depuis l’attentat, rien n’a changé»
L’accumulation de ces actes haineux inquiète la communauté musulmane. «Au lieu de se calmer, ces phénomènes se multiplient et prennent de l’ampleur jour après jour, s’indigne Haroun Bouazzi, coprésident de l’Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec (AMAL-Québec). La communauté musulmane vit dans une réelle peur et on a du mal à être optimiste».

Un sentiment partagé par le Conseil musulman de Montréal (CMM). «On ne peut qu’être préoccupé, confirme le porte-parole de l’organisme, Bouazza Mache. Finalement, depuis l’attentat, rien n’a changé et c’est inquiétant. Certains continuent d’étaler leur bêtise et leurs menaces. Il faut que les autorités les prennent vraiment au sérieux.»

Alan Shepard et Hélène David

Alan Shepard et Hélène David

Aucune menace par le passé
Après la réception de cette lettre de menace, le recteur de l’Université Concordia a tenu à dénoncer «cette action déplorable». «Je suis choqué et surpris», a déclaré Alan Shepard, au cours d’une conférence de presse organisée mercredi après-midi, devant l’un des bâtiments fermés.

C’est inacceptable! Le Québec est un lieu vraiment inclusif, un lieu de vivre ensemble» – Hélène David, ministre de l’Enseignement supérieur

Le recteur a trouvé «honteux» de s’attaquer, à travers cet écrit, à la communauté musulmane. «Nous sommes une grande université, très inclusive, très accueillante. Tout le monde est le bienvenue ici», a précisé Alan Shepard, indiquant également qu’aucune menace n’avait jamais été envoyée, par le passé, à son institution.

Présente sur place, la ministre provinciale de l’Enseignement supérieur a quant à elle évoqué un «acte criminel». «Cette université est un modèle de vivre ensemble», a clamé Hélène David.

Aucune personne n’a encore été arrêtée, a affirmé le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Ce dernier a promis un renforcement de la sécurité durant les prochains jours autour de l’Université Concordia. «Chaque menace est prise très sérieusement», a confié le porte-parole du SPVM, Benoit Boisselle.

L’enquête a été transférée à la section des crimes majeurs.

Qui est le «C4»?
Le Conseil des citoyens conservateurs du Canada est un groupe particulièrement méconnu. Aucun élément sur cette organisation ne se trouve sur les réseaux sociaux. Alors qu’il se dit «non-associé au Parti conservateur du Canada», ce groupe reprend la dénomination d’une organisation américaine prônant la suprématie blanche, The Council of Conservative Citizens. Cette dernière indique en premier lieu, sur sa page Facebook, sa croyance en une Amérique «chrétienne». Selon des médias américains, ce groupe aurait influencé Dylan Roof, condamné à mort en janvier dernier après la tuerie de Charleston en juin 2015.

Contactée par Métro, l’une des administratrices de cette page indique ne pas connaître une telle équivalence en Canada. «Nous ne sommes pas affiliés avec eux», écrit-elle.

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