Yves Provencher/Métro La piste cyclable sur la rue De Maisonneuve a été la mieux déneigée. Dès le lendemain de la tempête, elle était presque praticable.

En matière de déneigement des pistes cyclables, seul le centre-ville mériterait réellement la note de passage, lundi, huit jours après la tempête de verglas.

Montréal revendique cette année, 260 km de réseau cyclable hivernal (47% des pistes). Un réseau qui devrait être déneigé et praticable rapidement. Qu’en est-il vraiment? Lundi, après deux heures de mise à l’essai des principaux axes sillonnant quatre arrondissements, force est de constater que ce n’est pas le cas. Et la tempête de verglas n’est pas seule en cause. Suivez le guide.

ACTU - piste Berri

Le test débute sur la piste Berri, l’une des plus achalandées. Dès qu’on croise la rue Ontario, vers le nord, la piste n’est plus déblayée, on entre dans la juridiction du Plateau. Constatation identique sur les pistes Cherrier et Rachel. Même si les pistes sont praticables, le minimum ayant été fait, c’est limite. Le seul endroit réellement déneigé se situe au coin des rues Rachel et Saint-Hubert, mais c’est pour faciliter la sortie des usagers du bus.

ACTU - piste Laurier

Ça ne s’améliore pas rue Laurier. Les élus du Plateau (tous des cyclistes) ont imaginé il y a deux ans une magnifique bande cyclable qui n’est pas déneigée. Malgré tout, la borne de comptage électronique indique 21 passages de cyclistes à 10h30.

Certains diront que le Plateau fait de la politique sur le dos des cyclistes, mais l’arrondissement a une autre vision. «Le réseau quatre saisons demeure théorique, car la ville-centre n’a pas fourni les fonds nécessaires pour un entretien spécifique qui suivrait un protocole précis. La carte actuelle du réseau doit aussi être interprétée avec prudence. Par exemple, la piste située à l’ouest, à l’est et au nord du parc Laurier est fermée durant l’hiver», indique Michel Tanguay, porte-parole de l’arrondissement.

Ce dernier se méfie des comparaisons entre quartiers à un instant donné. Avec raison, le lendemain, la piste de la côte Berri était déneigée. Durant tout ce test, nous avons croisé toutefois trois fois plus de vélos que d’engins de déneigement, alors que visiblement, il restait du travail à faire.

En remontant sur la rue Masson, dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie (RPP), une conclusion s’impose déjà: si vous roulez après une tempête en dehors du centre-ville, misez sur les artères commerciales, elles ont les lobbyistes les plus efficaces côté déneigement!

ACTU - Piste Rachel

On rejoint ensuite la portion rosemontoise de la piste Rachel où il est difficile de manœuvrer. Outre la glace qui subsiste, certains déneigeurs privés croient visiblement que la piste cyclable est une zone de déversoir pour la neige usée. «Effectivement, ça peut-être une problématique. On envoie alors des avis et ça peut aller jusqu’aux amendes», indique Serge Fortin, porte-parole de l’arrondissement de RPP.

Pour le maire de Rosemont-La-Petite-Patrie, François W. Croteau, la carte du réseau blanc «reste théorique», car elle comporte une majorité de bandes cyclables qui ne sont pas réellement déblayables avec les engins lourds actuellement utilisés. «La neige est poussée sur les bandes cyclables. Si on voulait que les bandes cyclables soit adéquatement déneigées, il faudrait en plus faire passer dans la foulée une souffleuse et un camion benne. Ça représenterait des coûts astronomiques et la ville-centre ne nous a pas fourni de fonds supplémentaires pour le réseau blanc», souligne M. Croteau.

Puis, on longe le Stade olympique pour se rendre compte que la mauvaise réputation de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve en matière de déneigement n’est pas complètement usurpée. La rue Pierre-de-Coubertin est constellée de plaques de glace. Sur la rue Bennett, on n’a pas trouvé de trace de la piste hivernale. Par contre, on a vu plusieurs autos patiner pour tenter de s’extirper de leur stationnement. Mince consolation: les rues et les trottoirs ne sont pas dans un meilleur état.

Le maire Réal Ménard ne croit pas que son arrondissement ait démérité pour autant. «Lors de la dernière tempête, on a fait comme l’ensemble des autres arrondissements en privilégiant notamment la sécurisation des trottoirs», dit-il.

Il faut tenir compte des conditions particulières du début d’année. «On a eu 24 cm de neige puis 22 cm de pluie, dont de la pluie verglaçante et on a perdu 22°C du dimanche au lundi», avance Philippe Sabourin, porte-parole de la Ville en matière de déneigement.

En revenant vers le centre-ville, on constate pourtant que la glace pourrait être en voie d’élimination si tous les arrondissements avaient suivi Ville-Marie et commencé l’épandage intensif dès le dimanche 4 janvier.

Parmi les trois axes cyclables en site protégé du centre-ville, seul celui sur René-Lévesque est difficile. Mais contrairement aux autres arrondissements lundi matin, Ville-Marie avait pris les choses en main en épandant du sel préhumidifié au chlorure de magnésium, une méthode plus efficace contre la glace.

C’est l’arrondissement qui mérite la palme. Fait cocasse, il est pourtant dirigé par le seul des quatre maires qui ne possède pas de vélo actuellement : Denis Coderre!

Trois idées pour s’améliorer

1. Moins de politique, plus de financement. Pour avoir une masse critique de cyclistes hivernaux, le réseau blanc doit être cohérent et déneigé de façon prévisible et avec des normes précises, selon la Coalition vélo de Montréal.

2. Des axes manquants. Les pistes cyclables de la Côte-Sainte-Catherine, du canal Lachine et de la rue Notre-Dame ne font pas partie du réseau blanc déneigé l’hiver. Elles sont pourtant très achalandées l’été.

3. Technologie. Montréal pourrait s’inspirer de la technologie suédoise High Enegy Salting, croit l’élu Sylvain Ouellet. «En pulvérisant de l’eau à 95°C en même temps que le sel ou les graviers, ça donne un revêtement comme du papier sablé», dit-il.

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